‹ Chefs-d'œuvre du Pierre CorneilleChapitre 91 sur 386 · ACTE m, SCÈNE II. ISl · texte numérisé non relu

ACTE m, SCÈNE II. ISl

Venir pour leur patrie aux mortelles approches, L'un s'émeut de pitié, l'autre est saisi d'horreur, L'autre d'un si grand zèle admire la fureur ; Tel porte jusqu'aux cieux leur vertu sans égale , Et tel l'ose nommer sacrilège et brutale. Ces divers sentiments n'ont pourtant qu'une voix; Tous accusent leurs chefs, tous détestent leur choix , Et, ne pouvant souffrir un combat si barbare, On s'écrie, on s'avance, enfin on les sépare.

Que je vous dois d'encens , grands dieux , qui m'exaucez!

JULIE

Vous n'êtes pas , Sabine , encore où vous pensez :

Vous pouvez espérer, vous avez moins à craindre ;

Mais il vous reste encore assez de quoi vous plaindre.

En vain d'un sort si triste on les veut garantir ;

Ces cruels généreux n'y peuvent consentir :

La gloire de ce choix leur est si précieuse,

Et charme tellement leur flme ambitieuse ,

Qu'alors qu'on les déplore ils s'estiment heureux ,

Et prennent pour affront la pitié qu'on a d'eux.

Le trouble des deux camps souille leur renommée :

Ils combattront plutôt et l'une et l'autre armée ,

Et mourront par les mains qui leur font d'autres lois,

Que pas un d'eux renonce aux honneurs d'un tel choix.

SABINE

Quoi ! dans leur dureté ces cœurs d'acier s'obstinent !

JULIE

Oui ; mais d'autre côté les deux camps se mutinent , Et leurs cris , des deux parts poussés en même temps , Demandent la bataille, ou d'autres combattants. La présence des chefs à peine est respectée , Leur pouvoir est douteux , leur voix mal écoutée ; Le roi même s'étonne ; et, pour dernier effort : « Puisque chacun, dit-il, s'échauffe en ce discord, » Consultons des grands dieux la majesté sacrée ,

Itt HORACE.

» Et voyons n ee change à leurs bontés agrée. » Quel impie osera se prendre à leur vouloir, » Lorsqu'en un sacrifice ils nous Tauront fait voir? » n se tait , et ces mots semblent être des charmes ; Môme aux six combattants ils arrachent les armes ; Et ce désir d'honneur qui leur ferme les yeux , Tout aveugle qu'il est, respecte encorles dieux. Leur plus bouÛlante ardeur cède à Tavis de Tulle ; Et, soit par déférence , ou par un prompt scrupule , Dans Tune et l'autre armée on s'en fait une loi , Comme si toutes deux le connaissaient pour roi. Le reste s'apprendra par la mort des victimes.

SABINE

Les dieux n'avoueront point un combat plein de crimes ; J'en espère beaucoup, puisqu'il est différé. Et je commence à voir ce que j'ai désiré.

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