ACTE m, SCÈNE Y. il
C'est sans les oublier qu'on cpiitte ses parents :
L'hymen n'efface point ces profonds caractères ,
Pour aimer un mari, Ton ne hait pas ses frères;
La nature en tout temps garde ses premiers droits ;
Aux dépens de leur vie on ne fait point de choix :
Aussi bien qu'un époux ils sont d'autres nous-mêmes ;
Et tous maux sont pareils alors qu'ils sont extrêmes :
Mais l'amant qui vous charme et pour qui vous brûlez
Ne vous est, après tout, que ce que vous voulez ;
Une mauvaise humeur, un peu de jalousie,
En fait assez souvent passer la fantaisie.
Ce que peut le caprice, osez-le par raison,
Et laissez votre sang hors de comparaison :
C'est crime qu'opposer des liens volontaires
A ceux que la naissance a rendtis nécessaires.
Si donc le ciel s'obstine à nous persécuter,
Seule j'ai tout à craindre, et rien à souhaiter ;
Mais pour vous, le devoir vous donne, dans vos plaintes,
Où porter vos souhaits et terminer vos craintes.
CAMILLE
Je le vois bien, ma sœur, vous n'aimâtes jamais ; Vous ne connaissez point ni l'amour ni ses traits : On peut lui résister quand il commence à naître. Mais non pas le bannir quand il s'est rendu maître. Et que l'aveu d'un père, engageant notre foi, A fait de ce tyran un légitime roi :
D entre avec douceur, mais il règne par force ; Et, quand l'Ame une fois a goûté son amorce. Vouloir ne plus aimer, c'est ce qu'elle ne peut, Puisqu'elle ne peut plus vouloir que ce qu'il veut : Ses chaînes sont pour nous aussi fortes que belles.