‹ Chefs-d'œuvre du Pierre CorneilleChapitre 95 sur 386 · ACTE m, SCÈNE Y. il · texte numérisé non relu

ACTE m, SCÈNE Y. il

C'est sans les oublier qu'on cpiitte ses parents :

L'hymen n'efface point ces profonds caractères ,

Pour aimer un mari, Ton ne hait pas ses frères;

La nature en tout temps garde ses premiers droits ;

Aux dépens de leur vie on ne fait point de choix :

Aussi bien qu'un époux ils sont d'autres nous-mêmes ;

Et tous maux sont pareils alors qu'ils sont extrêmes :

Mais l'amant qui vous charme et pour qui vous brûlez

Ne vous est, après tout, que ce que vous voulez ;

Une mauvaise humeur, un peu de jalousie,

En fait assez souvent passer la fantaisie.

Ce que peut le caprice, osez-le par raison,

Et laissez votre sang hors de comparaison :

C'est crime qu'opposer des liens volontaires

A ceux que la naissance a rendtis nécessaires.

Si donc le ciel s'obstine à nous persécuter,

Seule j'ai tout à craindre, et rien à souhaiter ;

Mais pour vous, le devoir vous donne, dans vos plaintes,

Où porter vos souhaits et terminer vos craintes.

CAMILLE

Je le vois bien, ma sœur, vous n'aimâtes jamais ; Vous ne connaissez point ni l'amour ni ses traits : On peut lui résister quand il commence à naître. Mais non pas le bannir quand il s'est rendu maître. Et que l'aveu d'un père, engageant notre foi, A fait de ce tyran un légitime roi :

D entre avec douceur, mais il règne par force ; Et, quand l'Ame une fois a goûté son amorce. Vouloir ne plus aimer, c'est ce qu'elle ne peut, Puisqu'elle ne peut plus vouloir que ce qu'il veut : Ses chaînes sont pour nous aussi fortes que belles.

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