‹ Chefs-d'œuvre du Pierre CorneilleChapitre 96 sur 386 · LE VIEIL HORACE, SABINE, CAMILLE · texte numérisé non relu

LE VIEIL HORACE, SABINE, CAMILLE

LE VIEIL HORACE

Je viens vous apporter de fâcheuses nouvelles,

1S6 HORACB.

Mes filles ; mais en vain je voudrais vous celer

Ce qu'on ne vous saurait longtemps dissimuler :

Vos frères sont aux mains, les dieux ainsi Tordonnent.

SABINE

Je veux bien Favouer, ces nouvelles m'étonnent;

Et je m'imaginais dans la Divinité

Beaucoup moins d'injustice, et bien plus de bonté.

Ne nous consolez point : contre tant d'infortune

La pitié parle en vain, la raison importune.

Nous avons en nos mains la fin de nos douleurs,

Et qui veut bien mourir peut braver les malheurs.

Nous pourrions aisément faire en votre présence

De notre désespoir une fausse constance ;

Mais quand on peut sans honte être sans fermeté, ^ , L'affecter au dehors, c'est une lâcheté ; V L'usage d'un tel art, nous le laissons aux hommes, a sX nN ^* ûe voulons passer que pour ce que nous sommes, î . '■ ^^ r ^' Nous ne demandons point qu'un courage si fort

S'abaisse, à notre exemple, à se plaindre du sort.

Recevez sans frémir ces mortelles alarmes ;

Voyez couler nos pleurs sans y mêler vos larmes ;

Enfin, pour toute grâce, en de tels déplaisirs.

Gardez votre constance, et souffrez nos soupirs.

LE VIEIL HORACE

Loin de blâmer les pleurs que je vous vois répandre,

Je crois faire beaucoup de m'en pouvoir défendre.

Et céderais peut-être à de si rudes coups.

Si je prenais ici même intérêt que vous :

Non qu'Albe par son choix m'ait fait haïr vos frères,

Tous trois me sont encor des personnes bien chères ;

Mais enfin l'amitié n'est pas de même rang,

Et n'a point les effets de l'amour ni du sang ;

Je ne sens point pour eux la douleur qui tourmente

Sabine comme sœur, Camille comme amante :

Je puis les regarder comme nos ennemis,

Et donne sans regret mes souhaits à mes fils.

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