‹ Chefs-d'œuvre du Pierre CorneilleChapitre 99 sur 386 · ACTE III, SCÈNE YI · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE YI

LE VIEIL HORACE

Qu'il mourût, Ou qu'un beau désespoir alors le secourût. N'eût-il que d'un moment reculé sa défaite, Rome eût été du moins un peu plus tard sujette; D eût avec honneur laissé mes cheveux gris. Et c'était de sa vie un assez digne prix, n est de tout son sang comptable à sa patrie ; Chaque goutte éparçnée a sa gloire flétrie ; Chaque instant de sa vie, après ce lâche tour, Met d'autant plus ma honte avec la sienne au jour. J'en romprai bien le cours, et ma juste colère. Contre un indigne fils usant des droits d'un père, Saura bien faire voir, dans sa punition. L'éclatant désaveu d'une telle action.

SABINE

Ecoutez un peu moins ces ardeurs généreuses. Et ne nous rendez point tout à fait malheureuses.

LE VIEIL HORACE

Sabine, votre cœur se console aisément; ^Nos malheurs jusqu'ici vous touchent faiblement. Vous n'avez point encor de part à nos misères; Le ciel vous a sauvé votre époux et vos frères : Si nous sommes sujets, c'est de votre pays : Vos frères sont vainqueurs quand nous sommes trahis ; Et, voyant le haut point où leur gloire se monte, Vous regardez fort peu ce qui nous vient de honte. Mais votre trop d'amour pour cet infâme époux Vous donnera bientôt à plaindre comme à nous : Vos pleurs en sa faveur sont de faibles défenses; \ J'atteste des grands dieux les suprêmes puissances, ; Qu'avant ce jour fini, ces mains, ces propres mains Laveront dans son sang la honte des Romains. :

SABINE

Suivons-le proraptement, la colère l'emporte. Dieux! verrons-nous toujours des malheurs de la sorte?

Nous faudra-t-il toujours en craindre de plus grands, Et toujours redouter la main de nos parents?

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