‹ Chefs-d'œuvre du théâtre allemandChapitre 10 sur 272 · ACTE I, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE I

vie pour purifier la foi , la renouveler et lui rendre son antique force. « Qu'en penses-tu , Philippe? » dit Martin Luther. Si... — Hélas! nous seuls! re- » pliqua maître Philippe en soupirant. Mais Luther » repartit: Dieu est avec nous, Dieu domptera le » démon, c'est à nous à triompher des hommes. » — Mais nous et un millier d'autres périrons, répli- » qua Mélanchthon. — Eh! qu'importe nous, des » milliers et encore des milliers? Ah! dois-je être ce- » lui... ? » Ainsi s'exprima Luther. Je le vois encore se frappant le front, la tête appuyée sur son coude, et jetant autour de lui des regards sombres et fixes. Il était couvert de sueur. Mon bon maître se mit à pleurer, prit un livre (c'était, je crois, saint Augustin), y lut deux minutes, le baisa, et pleura de nouveau; ils restèrent ainsi ensemble à peu près une heure silencieux et oppressés ; je me levai et pleurai aussi. Luther se leva comme se réveillant d'un sonore et s'écria (son regard et son ton étaient comme le tonnerre et l'éclair) : «Oui! s'écria-t-il ( et par cette » explosion de son âme il sembla tout écraser), je le » veux. » Son œil comme embrasé d'une flamme vive se fixa sur moi. « Quel est ton père? me demanda-t-il » en hésitant. — C'est un mineur, mon gracieux maî- » tre. — Le mien aussi, répondit Luther, et que ne le » suis-je devenu de même! Tu veux étudier ? conti- » nua-t-il. — Oui, mon très-honoré maître. — Écoute, » mon frère Philippe, dit Luther rapidement, il » a l'air d'un brave jeune homme ; laissons-le se li- » vrer à ce métier utile; pourquoi le laisserions- » nous empoisonner la vie, à lui-même, et à tant » d'autres pour... ? Va, mon fils, que Dieu soit

» avec toi, et sers-le en paix dans les sombres et » paisibles entrailles de la terre ; là garde-toi , » ajouta-t-il, garde-toi de nous porter envie. » Alors Mélanchthon, mon bon maître* me donna mon congé par écrit, et m'embrassa en m'inondant de ses larmes ; le lendemain, ils allèrent vers Augsbourg rejoindre le cardinal, pour défendre bravement la parole du Seigneur. Moi, content et joyeux, je me réfugiai dans ces mines. Je fais ce que je dois faire. Je supporte ce que je dois supporter. J'apprends à faire mieux ce que j'ai commencé par faire mal, et j'espère ainsi faire mon salut sans pénitence , et sans absolution.

PREMIER MINEUR

Faire son salut sans absolution, voilà qui serait adroit.

SECOND MINEUR

Eh quoi ! Gurge n'a-t-il pas été obligé de vendre sa dernière vache? il en a porté le prix aux dominicains; il a fait son salut, il est vrai , mais aussi estil maintenant réduit à mourir de faim avec sa femme et ses sept enfans.

TROISIÈME MINEUR

Faire son salut sans absolution, cela est-il possible ? Par exemple , il serait commode de n'avoir pas besoin déjeunes ici-bas, et de gagner le ciel pardessus le marché!

HUBERT

Oui, vraiment, cela est ainsi; et parler difFéremnaent , ce serait vouloir nous en imposer. Notre cher maître Philippe ne dit-il pas : ce n'est pas avec de

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