‹ Chefs-d'œuvre du théâtre allemandChapitre 9 sur 272 · ACTE I, SCENE I. a · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE I. a

SECOND MINEUR

Oui , vraiment , les choses vont dune manière déplorable dans notre pauvre Allemagne. Il y a peu de jours, j'ai appris que les peuples d'Espagne, nombreux comme des essaims d'abeilles, s'assemblent sur nos frontières, qu'ils veulent étouffer dans nos pays les nouveaux préceptes et les nouvelles doctrines, et qu'ils en veulent aussi à Luther, à notre bon Luther.

LE CHEF

Dieu le soutienne et le console, ainsi que le gracieux et noble seigneur l'électeur !

TROISIÈME MINEUR

Prenez garde ! cela va mal aussi avec celui-là.

PREMIER MINEUR

Pourquoi aussi a-t-il le premier adopté la nouvelle croyance ?

HUBERT

Pourquoi ? parce qu'il n'a pas voulu s'emparer de la couronne impériale qui lui fut offerte après la mort de Maximilien (-°^; parce qu'un saint enthousiasme a rempli son coeur; parce que, né Germain et libre, il n'a pu supporter des chaînes forgées par de misérables cafards, par de vils étrangers affublés de rabats. Et où y a-t-il dans le pays un plus honnête homme que lui , d'un caractère plus noble , de moeurs plus pures? Ah ! il serait toujours le premier de son peuple , quand il n'en serait pas le prince ; et, en comparaison de lui, nous ne sommes tous que de la canaille. Vous pouvez supporter cependant

que l'étranger mercenaire exerce ses ravages sur le sol de la Germanie, que d'hypocrites diseurs de messes vous dérobent la parole du Seigneur, vous fassent payer avec usure une trompeuse absolution, vous vendent de vains discours pour la vérité, se fassent enrichir pour vous absoudre du péché et s'y livrer effrontément eux-mêmes î Ah ! vous le supportez !

TROISIÈME MINEUR

Eh, laissez-le dire, celui-là : il a étudié, c'est-àdire, il a passé quelques heures à l'école, chez le docteur Mélanchthon,

HUBERT

Oui , c'est par lui que je vaux , si je vaux vraiment quelque chose. J'ai été pendant un an chez lui en qualité de copiste. L'électeur venait justement de l'appeler près de lui dans les environs de Wittemberg; là je le servis fidèlement, et là il m'enseigna fidèlement aussi à sonder les plus intimes profondeurs de ma conscience ; mais toujours cependant je soupirais après ma paisible demeure natale, toujours il me tardait de revoir l'aimable et laborieux atelier de mon père , et la noble chaumière, asile de ma famille. Un soir, le docteur Luther était assis à côté de Mélanchthon, qu'il visitait presque tous les jours : ils disputèrent beaucoup et sur beaucoup de choses; ils parlèrent des tribulations de la chrétienté, en disant que dans nos temps de misère il ne manquait qu'un homme , un homme dans la véritable signification du mot ; lequel, dirigeant vers un but unique les efforts de beaucoup de justes, exposât volontiers sa propre

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