ACTE IV, SCÈNE I
LUTHER, avec calme.
Non, jamais, mon maître et empereur, je n'ai conçu un projet aussi insensé. Je ne suis qu'un faible mortel; je puis me tromper, mais non pas le Dieu qui est avec moi , et qui parle en moi : ce que je dis, la Bible le dit aussi; la Bible,... miroir éternel de bonté et de sagesse ! elle seule est ma loi , comme la loi de nous tous : si par elle vous pouvez me convaincre d'une erreur, oh ! alors , je la rétracterai; je veux moi-même brûler tous mes livres, comme une misérable œuvre humaine !
CHARLES
Mais enfin, que veux-tu?
LE CARDINAL
Sire, ce que cet extravagant veut, les conciles depuis long-temps l'ont réfuté ; il renie le Christ et sa médiation. Il prêche la rébellion et la guerre civile. Ce n'est pas un bûcher qu'il mérite, mais dix. Coupable obstiné , c'est une grâce encore pour lui d'être sauvé par une flamme terrestre de la flamme de l'enfer.
LUTHER, avec la plus grande véhémence.
Moi, renier le Christ! Pardonnez, éminence! c'est un mensonge que vous proférez. Moi , renier le Christ, mon Dieu, mon rédempteur! c'est vous qui le reniez! Apprenez à devenir homme, afin d'apprendre ce qu'a été un Dieu qui s'est fait homme ! il vous parle par ma bouche. Ah! si vous pouviez l'entendre, l'Allemagne ne porterait d'autre joug
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que son joug de douceur et de paix, et ne gémirait
pas sous une tyrannie étrangère.
LE CARDINAL, très-haut.
Vous l'entendez tous, le factieux !
Ali ! le Sauveur lui-même n'a-t-il pas dit : Je ne vous apporte pas la paix , mais le glaive, afin que chaque chrétien puisse combattre pour la lumière et la vérité ?
LE CARDINAL, tâchant de le surprendre.
Et aussi les profanateurs des images, les renieurs de sacre mens?
LUTHER, avec une véhe'mence toujours croissante.
Ce n'est pas là ce que j'enseigne; cela m'est en horreur. Des disputes de mots , ah ! cela ne fait pas le chrétien; je n'ai d'autre dessein que de détruire votre affreuse idolâtrie. Un sacrement ! croyezvous le pouvoir saisir avec la main ? il ne peut que se former dans notre cœur ! Tout est sacrement pour le juste, rien ne l'est pour les autres. Ce n'est point un but, mais un moyen; ce ne sont pas des paroles, de vaines formes qui sont essentielles; c'est la vie , le sentiment intérieur qui le produit. Laissez, laissez là, vous dis-je, ces déplorables disputes de formes et de paroles; c'est le démon qui nous jette ces fruits empoisonnés sur notre chemin pour nous détourner du but que nous devons atteindre. La loi, l'Évangile, la croyance dans notre médiateur, et dans le règne futur du Christ ; la li-