‹ Chefs-d'œuvre du théâtre allemandChapitre 117 sur 272 · SCÈNE IL · texte numérisé non relu

SCÈNE IL

Forêt près de Worms. — Le jour finit.

HUBERT, un cor de chasse sous le bras, entre gaiement.

Il a donc triomphé! Je vais le voir; quelle

joie , quel soulagement à ma peine ! Je veux le voir encore une seule fois, et puis, tranquille et heureux, retourner au sein de mes doux foyers.

( II s'assied sous un arbre, dans le foud de la scène , et donne du cor par intervalle pendant le monologue suivant.)

CATHERINE, en pèlerine , vient , transportée de joie , sur le devant de la scène.

Il a triomphé de la mort, ce nouveau sauveur! Écoutez , oiseaux , arbres et gazon , doux zéphir

ioR LUTHER,

printanier , vous tous , ivres de plaisir et d'amour! Verte prairie, sois l'autel sur lequel je veux jurer une fidélité', une flamme éternelle au héros qui enchaîne les esprits!... Mais n'ai-je pas juré déjà?... ne suis-je pas liée par le serment que je fis sur les autels du Dieu vivant, de fuir l'amour terrestre ? Le Sauveur éternel qui m'apparut à travers le feuillage des chênes, au milieu de mes transports de ferveur et d'amour , ne ni'accablerat-il pas de sa colère?... Mais jamais mes yeux ont-ils aperçu le Sauveur éternel? non, je n'ai entendu que son doux murmure!... L'amour, dont il est lui-même la source intarissable... ! quel lien réunit en un seul tout les voûtes majestueuses de l'église, les arbres des forêts, si ce n'est cette flamme vivifiante qui découle des autels du Rédempteur ?.. Il est renversé l'autel solitaire où je trouvais la paix, après des combats pénibles! Je ne puis garder plus longtemps le serment qui me lie. Hommes bornés et insensibles, qui n'éprouvez rien, ni à l'aspect des voûtes d'un temple , ni à celui des arbres des forêts!... votre Sauveur n'a point de forme , l'amour seul peut lui en donner une. Eh ! n'est-ce pas dans ce dessein qu'il inspira l'amour à mon cœur? Lui qui réunit par ce lien enchanteur le Créateur et la créature , peut-il laisser brûler sur le même autel deux flammes ennemies ? L'esprit et la forme sont comme deux arbres pareils qui croissent et s'élèvent ensemble : c'est par mes sens, qui m'attachent à la terre, que j'aperçois l'image du Sauveur céleste ; et n'est-ce pas déjà cette image seule qui me rend ivre d'amour? Lui et moi nous nous sommes

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