‹ Chefs-d'œuvre du théâtre allemandChapitre 140 sur 272 · ACTE V, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÈNE II

Oui, et à merveille; cela m'a fait du bien comme un psaume1.

THÉOBALD, avec exaltation.

Qu'elle était ravissante! N'avait-elle pas des ailes?

C'e'tait un enfant admirable ! Et la personne qui l'accompagnait a bien aussi son prix. L'homme qui sera son e'poux aura je crois un vrai présent du ciel. Mais laisse-moi dormir.

( Il se recouche, j THEOBALD, s'éloignant de quelq ues pas.

Il faut que je m'éloigne; je pourrais le troubler. ( Levant les yeux au ciel. ) Étoiles, que je vous regarde encore une fois! je ne sais ce que vous faites là-haut; mais il me semble qu'ici-bas je dois vous imiter.

LUTHER, un peu agite', se relevant à moitié'.

Tu dors déjà ?

THÉOBALD

Pas encore.

Moi, je ne puis dormir.

Moi non plus.

Que voulait dire le lansquenet? Il peut se passer quelque chose. Ne sont-ce pas là ses paroles?

THKOBALD.

Oui.

a3o LUTHER,

Et moi je dis non. Il ne se passera plus rien. Ecoute-moi, mon enfant; je suis mal à mon aise.

THÉOBALD, avec âme.

Et moi, il me semble être déjà à demain.

Tu es un enthousiaste, toi, je le sais bien ; quant à moi je commence à m'impatienter d'être depuis plusieurs mois enveloppé dans ma peau d'ours, sous le nom du chevalier Georges.... Quel chevalier, bon Dieu !

THÉOBALD

N'en êtes-vous pas un en effet? Il me semble à moi que vous étiez déguisé en docteur, et que vous vous montrez aujourd'hui ce que vous êtes réellement. Le chevalier Georges n'a-t-ilpas, en écrasant le dragon, écrasé aussi quelques fleurs? en fut-il moins un saint ?

Oui, j'aurais voulu être un chevalier! Mais le suis-je devenu ? Ne me voilà-t-il pas ici pieds et poings liés? {Avec amertume.) Il peut se passer quelque chose, se disait-il!... Non, il ne se passera rien!... C'en est fajt , Dieu n'a pas voulu se servir de moi ! ( Avec une sensibilité toujours croissante. ) Ah! j'aimerais mieux être sur des charbons ardens, qu'ici seul, abandonné! moitié à la vie, moitié déjà à la destruction! Ce n'est pas seulement la vie extérieure , mais la vie intellectuelle (Dieu me la conserve ! ) que je cours risque de perdre ici.

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