‹ Chefs-d'œuvre du théâtre allemandChapitre 146 sur 272 · ACTE V, SCENE III · texte numérisé non relu

ACTE V, SCENE III

les : il me faut de la joie, je la trouverai au sein des ténèbres et de la terreur.

(Il renverse les cierges ; les iconoclastes détruisent le catalfalque. ) C ATHER INE, pendant ce temps, sans être aperçue des autres , dit à demi-voix.

Silence, 6 mon âme , silence ! ( regardant François avec douleur. ) Lui aussi doit accomplir sa destinée. Le passé reste irrévocable , mais fixons toujours nos yeux sur l'avenir.

FRANÇOIS

Elle a détruit toutes les joies de mon coeur; le monde doit-il encore se réjouir ? Elle a brisé l'idole qui régnait dans mon âme ; eh bien ! je veux briser aussi ces images adorées! Renversez cette image de Marie : pourquoi pleure-t-elle un enfant mort?.... Qui peut encore pleurer, est heureux encore! —

Pourquoi une femme le serait-elle seule? ( Le

grand autel est renversé , mais de sorte que la lampe qui j brûlait f n est point éteinte. — François , s' approchant de l autel où se trouve le saint Sébastien. ) Un saint Sébastien ! tenez , mettez-le en pièces ! Croyez-vous que ce soit pour la foi qu'il a répandu son sang? Ah, l'insensé! c'est une jeune fille qu'il aimait , et elle plongea dans son coeur le trait enflammé de la mort.

( L'autel e=t renversé.

CATHERINE, à part, montrant Wildeneck avec douleur.

Hélas! pouvais-je l'empêcher? Dieu de miséricorde ! moi aussi, je sens s'agiter ici , en tumulte , des traits enflammés. (Mettant la main sur son cœur. ) Il n'est que trop vrai, j'en suis la cause ; mais pouvais-je l'empêcher? 0 mon âme, silence !

?4o LUTHER,

FRANÇOIS, s 'approchant de l'autel d'Euphrosine avec douceur cl mélancolie.

Honneur à la constance! Euphrosine! Euphrosine! elle voua à son amant un amour fidèle; entraînée par cet amour, elle le suivit en ermite, au fond d'un désert ; vécut de longues années près de lui, inconnue, et passant pour son frère; après avoir gémi, pleuré pendant ces longues années, et passé dans une douce amertume et les jours et les nuits, toujours fidèle, elle mourut entre ses bras, inconnue, et passant pour son frère.

UN ICONOCLASTE

Ména«e-la , elle mérite la couronne !

FRANÇOIS, avec un redoublement de fureur et un rire amer.

Vous le croyez? Ali ! si elle avait vu le vrai séducteur, Martin Luther! Contente et joyeuse, on l'eût vue outrager les saintes lois de l'amour. Arrachez, arrachez l'image de la pécheresse.

(L'autel est détruit. )

C ATHER IN E , se présentant au milieu des iconoclastes les mains jointes, les yeux Laissés, dit à François avec une émotion profonde et qu'elle cherche à cacher.

François, il ne m'appartient pas de punir ta conduite : car, moi aussi, j'ai renversé les images qui régnaient dans mon âme, et mon propre cœur est déchiré à l'instant où je porte un coup mortel au tien ; mais , hélas ! ( en tombant à ses genoux avec l'explosion de la douleur la plus vive ) ah! je t'en conjure par la passion divine, par le sang répandu pour le salut des hommes , je t'en conjure à genoux , calme , calme les flots tumultueux de ton âme !

Page 1