ACTE V, SCÈNE III
L'ÉLECTEUR
Dieu soit loué de ce que je me suis emparé de lui!...
ALBRECHT
Violemment?...
L'ÉLECTEUR
Pouvais-je autrement le sauver?... Maintenant il est en sûreté dans mon château de Wartbourg, et l'injuste ban de l'empire ne saurait l'atteindre.
CATHERINE, qui a entendu ces dernières paroles, à part.
Qu'ai-je entendu?... Mais non, c'est un songe céleste!... Prolonge-toi, sommeil bienfaisant! l'enfer est dans le réveil ! . . .
UN CHEVALIER, entrant.
Nobles seigneurs , le groupe séditieux se grossit comme la boule de neige... La foule des paysans
pénètre par toutes les portes Mort aux nobles et
aux prêtres hypocrites!... tel est leur cri de ralliement; les nôtres sont en petit nombre, et ne peuvent arrêter les flots de ce torrent.
L'ÉLECTEUR, avec douleur.
Voilà donc ma récompense !... de la part de mon propre peuple ! pour prix de tant d'amour !
ALBRECHT
Quel est leur chef?
LE CHEVALIER
François de Wildeneck; on se dit tout haut qu'il dirige ses coups sur Luther, et qu'il a juré la mort du juste.
CATHERINE se levant de sou sie'ge hors d'elle-même , s'approche du prince et dit presqu'à part.
Sur Luther ?
L'ÉLECTEUR
Il est en démence.
ALBRECHT
Wildeneck ! mais il était l'ami de Luther.
L'ÉLECTEUR
Il est en démence , je le sais.
ÉRIC
Mais que peut-il seul ?
L'ÉLECTEUR
Un insensé peut tout.
L'ARCHEVÊQUE
Une seule étincelle tomba à Éphèse , et le monde perdit sa plus grande merveille.
ÉRIC
Que servent ces vaines paroles? Nous devons montrer que nous sommes encore des chevaliers allemands. Je le jure par mon premier serment : un ramas de paysans n'accomplira pas ses affreux desseins.
L'ÉLECTEUR
C'en est donc fait de ce que pendant toute ma vie j'ai recherché avec tant de soins et de peines! c'en est fait de la paix de l'empire, de celle de notre pays! pauvre Luther! Venez, venez, moi aussi je sais mourir, pourvu que Luther vive. Catherine !