ACTE V, SCÈNE III
CATHERINE, à l'électeur.
Que dites-vous, par le Dieu de miséricorde?
L'ÉLECTEUR
Luther vit. La nouvelle de sa mort fut inventée pour le sauver, par mon ordre ; par mon ordre, il est sous bonne garde dans mon château de Wartbourg; mais c'en est assez, marchons contre les rebelles. ( A Catherine qui embrasse ses genoux. ) Partons; pourquoi embrasses-tu ainsi mes genoux ? partons, dis-je.
(11 la quitte. )
Au nom du Sauveur, de mon Sauveur, conduisezmoi vers Luther.
L'ÉLECTEUR, avec colère.
Tout est-il donc ici en démence ? Insensée , que veux -tu?
CATHERINE, hors d'elle-même.
Oui, oui, conduisez-moi vers lui; de grâce, ayez pitié de moi; mon père n'a-t-il pas souvent... Ah! la joie me transporte... Au nom de mon père ! combien de fois n'a-t-il pas répandu son sang pour vous? conduisez-moi vers Luther; je l'aime... Non, non, j'ai quelque chose à lui dire.
UN CHEVALIER, entrant précipitamment.
Au nom de Dieu! seigneur, sauvez- vous bien vite; les nôtres sont battus ; les iconoclastes fondent sur nous avec fureur.
UN AUTRE CHEVALIER, entrant aussi précipitamment.
Nous sommes perdus ! nous sommes perdus !
a5o LUTHER,
L'ARCHEVEQUE, montrant une lampe.
La lampe éternelle brûle encore... le feu sacré n'est pas éteint !
( Il se retire au fond de la scène , et se met à prier. ) LES PRINCES, tirant leurs glaives.
L'honneur ou la mort !
( Les iconoclastes pénètrent sur la scène en se battant contre les guerriers saxons ; les princes prennent part au combat. )
LES ICONOCLASTES, criant tumultueusement.
Mort aux tyrans! liberté! liberté!
'Luther en habit de chevalier, Tbe'obald tenant sa flûte, se présentent subitement entre les combattans.
LUTHER, d'un ton foudroyant.
Au nom du Dieu tout-puissant, je vous commande la paix !
TIIEOB A.LD, prononce aussi mais doucement:
La paix !
' Ensuite il va au fond de la scène , el , pendant les discours suivans , il allume , en silence, trois des sept cierges éteints, pose sur sa tête la couronne d'hyacinthes qui était restée sur les débris du grand autel , et reste debout sur ces ruines , les jeut tournés vers le ciel. )
TOUS crient avec effroi.
Ah! Martin Luther!
Me connaissez-vous?... Oui, c'est moi!
C AT HE RIN E , avec la plus profonde émotion , et à part.
Grand Dieu! vais -je expirer de plaisir et de douleur !
( Elle , agenouille dans le fond de la jcène, el prie, )