‹ Chefs-d'œuvre du théâtre allemandChapitre 155 sur 272 · ACTE V, SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÈNE III

pêcheurs vous-mêmes, vous voulez punir les pêcheurs ! Ils se sont rendus coupables par zèle pour ce qui est sacré ; ils ont mal agi, sans doute , mais enfin ils ont agi : mais vous, qui vous abandonnez à un sommeil trompeur, que faites-vous?... vous, qui dans un lâche repos appesantissez vos bras sur le peuple, le livrez à une justice terrible instituée par vous , et qui l'égorgez comme coupable des fautes auxquelles vous l'entraînez vous-mêmes !... Ah ! ma plus grande faute , en commençant la grande œuvre , a été de la commencer avec vous.

L'ÉLECTEUR DE SAXE, avec douceur.

Parles-tu aussi de moi, Luther?

Vous, prince, vous êtes pur et bon; mais vous expiez aussi les fautes de vos frères.

ALBRECHT

D'où viens-tu, Luther?

De Wartbourg. Fallait-il m'y ensevelir, y consumer lentement ma vie intérieure , pour sauver cette enveloppe terrestre, et voir tranquillement outrager l'ouvrage de Dieu? Non , non !

L'ÉLECTEUR

Je suis innocent, moi; je ne t'ai point appelé ici.

a54 LUTHER,

Je m'y suis appelé moi-même, ou bien c'est Dieu — peut-être!... peut-être aussi que non.... Ali ! je tremble devant moi-même.

( Il tombe dans une profonde me'dilation.) L'ÉLECTEUR.

J'ai voulu sauver ta vie exposée au plus grand péril. Venir actuellement! quelle téme'rité ! Tu connais le ban de l'empire , la fureur du duc Georges , qui a juré ta mort, et tout cela ne t'effraie pas?

Ah! ne me faites pas rire, à l'instant solennel où j'expie cruellement les fautes que j'ai jamais pu commettre. (Se tournant vers Théobald.) Viens, toi , qui toujours purifias ma volonté', lorsque je méconnaissais les signes de l'Éternel; mon cher Théobald, sois-moi fidèle clans la détresse, aide -moi à implorer le Dieu des miséricordes : qu'il absolve ma tête d'un crime sanglant , et de l'affreuse profanation de son sanctuaire.

( Luther s'agenouille d'un côte' , les princes de l'autre ; le milieu de la scène reste vide. Théobald va vers le fond de la scène , tenant d'une main un cierge allume', de l'autre sa flûte, et les élevant en forme de croix. Le premier rayon de 1 aurore frappe les vitraux colorie's , de manière que dans le reste de la scène la clarté augmente progressivement.

THÉOBALD, d'un ton solennel et inspire'.

L'aurore commence à poindre, des flots de lumière vont se répandre sur l'horizon, et déjà la nature se réveille pour la vie et le bonheur; les étoiles se sont paisiblement retirées, les ténèbres

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