‹ Chefs-d'œuvre du théâtre allemandChapitre 157 sur 272 · ACTE V, SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÈNE III

LUTHER , jetant des regards d'effroi sur la dépouille mortelle de Tliéobald.

Alexis! Alexis ! quel souvenir.... ! Voilà donc, ô Éternel, ô mon Dieu, le second signe que tu me donnes: je méconnus le premier, et je m'égarai dans une route trompeuse ! Ah ! le second est pour moi un nouvel éclair! il disparait, et je retombe d?ns une nuit obscure. Maintenant je revoi; la lumière; j'entends le tonnerre de la loi divine : je ne suis qu'un insecte, et je voulais être un géant. Ce peuple , sur lequel je fondais mes espérances, dans sa fureur criminelle il détruit ce que j'ai édifié ! Compterai-je sur les princes de la terre?... Quel secours attendre de ce qui n'est que chair et os? Ah ! puisque Dieu me fuit, je suis seul ; je ne pourrai jamais sans lui relever son étendard. Ah ! dans le fond des déserts j'essaierai d'expier le dessein téméraire de devenir le héros de la cause de l'Éternel !

(Il retombe dans ses méditations; au moment où il veut sortir, Catherine, qui pondant son monologue s'était levée sans que les deux princes s'en aperçussent, vient à sa rencontre. )

CATHERINE, avec une exclamation involontaire.

Ah ! Luther !

LUTHER, l'apercevant, s'arrête subitement.

Pèlerine, que veux-tu? Parle.

CATHERINE, avec beaucoup de sensibilité.

Te demander la paix, te la donner.

LUTHER, avec douleur.

La paix est là-haut, la mort ici... Laisse-moi seul.

Théâtre Allemand. I n

CATIIERINE.

Seul? Dieu ! c'est moi qui suis seule.

LUTHER , regardant la dépouille mortelle de Tbe'obald .

Et moi aussi maintenant.

CATHERINE, avec beaucoup de douceur.

Laisse-moi donc être avec toi.

Toi ! le peux-tu ?

N'ai-je pas vidé jusqu'à la dernière goutte la coupe de la joie et de la douleur? Net'ai-je pas vu vaincre le trépas? ne l'ai-je pas vu du sein de la mort s'élever dans les cieux? Oui, je le peux !

Ah ! fuis-moi plutôt. La malédiction m'environne; elle frappe quiconque m'approche avec fidélité. Je suis une faible victime , entouré moi-même de victimes. Je ne puis donner la vie , mais seulement la mort.

CATHERINE

La mort? toi qui la domptas, la donner ! Toi qui triomphes des esprits, une faible victime !

LUTHER , étonné.

Ton nom, être extraordinaire?

CATHERINE

Catherine. Elle m'a donné ce nom ; donnele moi.

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