ACTE V, SCÈNE III
(L'électeur et l'archevêque s'avancent, l'un vers Luther, et l'autre vers Catherine. ) L'ÉLECTEUR, haut, à Luther.
Dieu a dit à l'homme : « Tu ue dois point être seul. »
L'ARCHEVÊQUE, de même.
Il s'endormit, et Dieu lui créa celle qui doit veiller sur lui.
C'est vous , noble électeur ? c'est vous , vénérable évêque ?
L'ARCHEVÊQUE
Nous t'apportons la paix, comme cette femme la fidélité.
CATHERINE, lui adressant la parole avec timidité.
Si vous êtes mon père , comme vous me le témoignez par votre tendre affection , vous ne mépriserez pas une trop faible fille.
L'ARCHEVÊQUE
Tu n'es pas faible, ma fille , car Dieu est avec toi.
Non , tu n'es pas faible ; et tu saurais, je le crois , mourir pour le bien.
CATHERINE, souriant douloureusement.
Ah ! si nous ne pouvions pas autre chose !
LUTHER, avec un intérêt toujours croissant.
Tu as raison; et tu saurais, j'en suis sûr, voir mourir ce qui t'est le plus cher, si Dieu te le demandait.
CATHERINE
N'ai-je pas eu la force de vouloir attenter à ta vie?
LUTHER , aux deux princes.
Quelle merveille, nobles seigneurs! et comme la force de Dieu est puissante , même dans les êtres les plus faibles !
L'ÉLECTEUR
Une femme fidèle est un présent que Dieu fait à ceux qu'il aime.
L'ARCHEVÊQUE
Elle peut lui re' vêler que Dieu l'aime et le
protège.
LUTHER, vivement et avec douleur.
Mais Dieu m'aime-t-il en effet? ( A demi-voix, et les mains jointes.) Ah! je le sens; il t'inspire! ( Jetant les jeux sur le cadavre. ) Le voilà sanglant!... Non, il ne m'aime pas! {Avec impe'tuosité.) Que veux-tu, femme? Que voulez-vous, tous?
CATHERINE
L'amour ne désarme-t-il pas la mort ?
Dis-moi ; as-tu fait choix d'un homme pour toi ?
CATHERINE
Je n'en ai remarqué qu'un.
Si tu n'en as remarqué qu'un , il est à toi. Penses-y bien ; si tu choisis un homme, tu dois, si cela plait à Dieu , le lui sacrifier avec joie.