‹ Chefs-d'œuvre du théâtre allemandChapitre 167 sur 272 · SUR LA TRAGÉDIE · texte numérisé non relu

SUR LA TRAGÉDIE

DE LUTHER

O) Lia consécration de la force, ou la puissance consacrée : telle est la traduction du second titre de la pièce ; il était assez difficile de bien rendre l'intention vague et déjà mystique que l'auteur a eue en lui donnant ce second titre ; l'expression que j'ai choisie me semble celle qui , en approchant le plus textuellement possible de l'original , le rend de la manière la plus convenable. C'est la force et l'enthousiasme , donnant la foi et la conviction, que l'auteur a voulu désigner par ce titre métaphysique et religieux,

(2) Je n'ai pas besoin de rappeler parmi ces ouvrages celui qui a été couronné par la classe d'histoire et de littérature ancienne de l'Institut, sur l'influence de la réforme de Luther, par feu Charles Villers , à la mémoire duquel je saisis l'occasion de payer ici un nouveau tribut de respect et de regret. Parmi les ouvrages remarqués à ce concours célèbre , et qui ont envisagé cette importante question sous des points de vue différens , quoique avec autant d'impartialité et de lumières philosophiques , je me fais un plaisir de rappeler l'ouvrage d'un homme de lettres distingué, très-jeune alors , et qui honore maintenant la magistrature par ses talens et son caractère , M. le comte Malleville , premier président de la cour royale d'Amiens.

t3) Je me sers de l'expression , entre Rome et Genève , parce qu'elle a été consacrée par l'usage, à cause de l'importance littéraire et théologique que Genève a postérieurement acquise : je n'ignore cependant pas que ,pour être exact, il faudrait dire, en parlant des premiers temps de la réforme , entre Rome et Wittemberg ou Augsbourg. Je me suis servi aussi du mot ico-

noclastespour parler de ceux qui, au 16e. siècle, en Allemagne, renversèrent les images du culte : je n'ignore pas non plus que ce mot a été créé pour ceux qui dans le Bas-Empire refusaient de les reconnaître et de les honorer. Mais j'ai été autorisé à cet anachronisme d'expressions ( vlctÇa briser et ety.wv image ) par l'étymologie grecque, et par l'impossibilité d'ennoblir l'expression composée , comme celle dont se sert l'auteur allemand, bilder-sturmer , assailleurs d'images. Enfin, puisque j'en suis à justifier quelques expressions , je me suis servi du mot scepticisme dans le sens radical et étymologique du mot, et non pas dans celui d'examen philosophique d'une croyance particulière, qui lui a été donné dans le dernier siècle.

(4) Quelques hommes de lettres auraient voulu que je donnasse dans ma préface ou dans mes notes un plus grand nombre de détails biographiques sur Luther , et les principaux événemens auxquels il a pris part; mais la vie de Luther est généralement connue des hommes instruits : ce n'est pas elle d'ailleurs qui devait être le sujet de ce travail ; mais la production littéraire dont Luther est le sujet , la vie, et les ouvrages de l'auteur de cette production. Je dois recommander à ceux qui voudraient se rappeler dans cette occasion les circonstances les plus remarquables de la vie politique et privée du célèbre réformateur , la notice sur Luther, pleine de talent, de savoir et de sagesse , qui a été mise dans le Musée des protestans par M. Boissard , l'un des présidens de l'église luthérienne de Paris. Plusieurs des traits les plus remarquables de la vie de Luther , séparés dans l'histoire par de grandes distances l'un de l'autre, se trouvent rapprochés dans le cadre choisi par Werner pour son action dramatique. A mesure que ces traits se présenteront , je me bornerai à rappeler qu'ils sont historiques.

(5) La vie de Mélanchthon a été écrite , avec non moins de talent que celle de Luther , dans ce même Musée des protestans , par un autre pasteur réformé , M. Monnot. Si le personnage de Mélanchthon n'est pas bien nécessaire à l'action, on conviendra qu'il était du moins indispensable pour la fidèle représentation de l'époque.

W Son désintéressement , sa générosité , sa sagesse , rappelés

dans un grand nombre de passages de la pièce ; ce qu'il fit pour favoriser la réforme , pour sauver le réformateur , tout cela est historique , et connu de tous ceux qui n'ont pas oublié les principaux traits dont se compose l'un des plus beaux caractères d'une des époques les plus célèbres.

(?) Comme l'observe l'un de nos écrivains les plus profonds , M. Guizot , dans sa belle Notice sur Calvin , insérée dans le même ouvrage dont je parlais tout à l'heure, à l'époque dont il s'agit, tous les esprits supérieurs , tous les grands caractères étaient tournés vers les discussions religieuses , et vers les modifications que devaient éprouver les formes et les doctrines relatives au culte. Si on ne s'occupait point alors encore des changemens à opérer, dans les institutions sociales, c'est que la société toute entière était alors dans la religion et que les affaires du ciel étaient les grandes affaires de la terre. Mais le mouvement donné dès lors à l'esprit humain pouvait être dirigé, je crois, d'une manière utile et générale, si , au lieu d'un ergoteur comme Henri VIII , dans un pays séparé du continent , un homme d'une grande capacité et dans une position supérieure se fut emparé de cette direction avec force et avec sagesse. Je ne sais si mon jugement est hasardé et sévère , mais l'heureux Charles-Quint ne me paraît pas avoir été cet homme ; et le mélange de légèreté et de despotisme avec lequel Werner le représente ne me paraît pas non plus trop sévère. Aussi , que légua Charles-Quint aux peuples qu'il avait si long-temps gouvernés et comprimés? Aux catholiques, les progrès imminens de la réforme; aux protestans, la verge de son farouche successeur , dont les violences amenèrent du moins sur la scène du monde un grand changement , un grand peuple , un grand homme.

W L'histoire parle aussi de ce personnage , un des plus illustres partisans de Luther ; mais elle ne fait pas mention de son amour pour Catherine de Bora , inventé par l'auteur comme ressort dramatique , ni de ses excès au milieu des bandes destructrices.

(9) L'individualité de ce personnage n'est pas historique ,

2bo NOTES

quoique son caractère et les traits , en partie exagérés , dont il se compose, puissent lui en donner la physionomie.

C'°) J'aurais bien des choses à dire sur les beautés particulières à ce genre de littérature dramatique , sur les causes de son discrédit , etc. ; ce ne serait pas ici le lieu ; je me réserve d'y revenir dans cette collection même, en parlant d'une pièce de Lessing.

C11) Je dois à la complaisance de mon savant collègue, M. Depping , la note suivante de l'institution de l'ordre des fous de Clèves.

L'ordre des fous était en Allemagne à peu près ce que la compagnie de la mère-folle était en France; avec cette différence, que la dernière avait le caractère de gaieté et d'enjouement propre à la nation ; tandis que l'ordre allemand n'avait rien de fou que le nom , et était même assez triste. C'était une confrérie que le comte Adolphe de Clèves avait fondée en 1 38 1 , de concert avec le comte de Meurs et trente-cinq seigneurs de l'ordre équestre de Clèves. La charte de fondation est encore conservée aux archives de ce pays , si toutefois elle est authentique. Les membres de la confrérie étaient tenus de porter sur leurs habits, sous peine d'amende, le symbole de l'ordre , consistant dans la figure d'un fou avec sa marotte , et tenant un plat d'argent dans la main, etc., etc. L'on trouve aussi des détails fort curieux sur l'ordre des fous de Clèves dans l'intéressant ouvrage Entre Meuse et Rhin , par M. le baron de la Doucette.

Les fous de cour forment un des plus remarquables épisodes du moyen âge : il en existe beaucoup d'histoires ; la plus connue est celle du savant allemand Flœgel.

(12) L'amour de Catherine de Bora , d'abord religieuse et ennemie ardente de la réforme , qu'elle embrassa ensuite avec ardeur , son mariage avec Luther , sont des faits consacrés par l'histoire ; mais l'image de ce moine empreinte d'avance dans ses sens et dans son cœur , son déguisement en pèlerine pour sauver Luther, sont des ressorts au moyen desquels l'auteur a réuni dans son action des incidens qui , dans l'histoire , sont séparés par de grandes distances. Les prostestans, instruits des moindres détails de la vie de leur réformateur , parlent familiè-

renient des instans que Luther et sa chère Catherine de Bora , passaient ensemble à causer de théologie , et à manger des pois chiches; et les luthériens zélés ont volontiers dans leurs appartemens , ou même portent sur eux l'image du couple révéré. Dans le rôle de Catherine , comme dans d'autres de cette pièce , le style est nohle et vrai quand il est soutenu par l'histoire ou la nature ; et présente, lorsqu'il s'écarte de Yune ou de l'autre , un mélange confus de rêveries et d'aberrations, où l'imagination , les sens , et l'ascétisme rivalisent d'enflure et d'exaltation.

O3) Théobald : bald , mot allemand qui signifie bientôt. Thérèse : Qzoç, Dieu , rosa , rose.

C'4) Le personnage d'Elisabeth , femme de Colla , et dont les bienfaits , la sagesse et la piété eurent une grande influence sur la jeunesse et la destinée entière de Luther , est historique. (l5) C'est aussi un trait historique.

06) Werner non-seulement ne veut plus qu'on lui rappelle sa pièce de Martin Luther ; il en a depuis fait une autre dans un sens tout opposé ; elle n'a pas été représentée , et je ne sais si elle est imprimée. Elle s'appelle die unweihe der kraft , la non-consécration ou la profanation de la force.

t'7) Les comtes Slollberg , membres de l'académie royale de Munich , ont quitté la religion réformée pour la catholique : l'aîné compte parmi les meilleurs poètes de l'Allemagne; il s'est particulièrement exercé dans le genre ascétique ; et son imagination , exaltée par la nature habituelle de ses compositions , paraît avoir éprouvé le besoin d'un culte qui , en exigeant une docilité plus positive et matérielle , laisse un champ moins libre aux incertitudes et aux recherches de la raison humaine. On varie sur l'état physique et intellectuel ou il était lui et son frère, quand ils ont changé de religion; mais il n'y a qu'une voix sur leur bonne foi et leur délicatesse. M. Stollberg l'aîné a , depuis cet événement , soutenu une polémique , qui a fait une grande sensation en Allemagne , avec JFoss le célèbre traducteur d'Homère et de Virgile , et son ami d'enfance. Cette amitié a été rompue par Voss , qui paraît avoir jugé sévèrement les intentions de son ancien ami.

(t8) Il s'agit sans doute ici du phénomène, si redoutable

dans les mines et les lieux souterrains, de l'inflammation du gaz. Ladétonation est en effet précédée d'une flamme bleuâtre que l'ignorance , et une superstition contraire à l'esprit du christianisme , ont pu faire regarder comme une intelligence malfaisante.

(*9) Luther , en effet , prononçait familièrement ces paroles.

(2°) L'auteur se sert ici , pour se conformer à la mesure de ses vers, du nom de Max, comme diminutif de celui deMaximilien. L'histoire de cet empereur, prédécesseur de Charles-Quint dans l'empire d'Autriche , celle de Jean Hus, dont les malheurs précédèrent les tentatives plus heureuses de Luther , sont connues de tous ceux à qui les annales modernes ne sont pas étrangères.

(20 Kyrie, seigneur, un des mots grecs, en petit nombre , conservés dans les liturgies de l'église: Kjrie eleison, Seigneur, sauve-nous. Quant aux expressions latines qui se trouvent à la fin de la pièce, et qui sont du même genre, je n'ai pas cru devoir me donner le mérite trop facile d'en offrir une traduction. Il n'est aucun de nos lecteurs qui n'y supplée, et nos lectrices les reconnaîtront, pour la plupart, comme paroles sacramentelles , et qui se trouvent dans leurs livres de prières.

(22) L'auteur, qui ne se sert que rarement de la rime dans les vers métriques de sa pièce, en reprend l'usage dans ces chœurs , que la pureté de l'expression , le charme et l'élévation des idées , et les richesses de l'harmonie, mettent au rang des plus beaux modèles de la poésie. Quelques amis m'auraient volontiers offert le secours de leurs muses , pour m'aider à rendre en vers ces passages et quelques autres, mais ce n'aurait pu être qu'une imitation imparfaite, et j'ai pensé qu'une traduction fidèle ferait bien mieux connaître les intentions poétiques de l'auteur; la musique de ces chœurs est faite par Weber, et non par Schutz, comme je l'ai dit dans la préface.

(23) pcreai, Les Allemands se servent assez volontiers dans leurs chansons familières de cette vulgaire expression latine.

(24) La bulle du pape brûlée des mains de Luther est, on le sait, un des premiers et des plus importans événemens historiques de la réforme.

SUR LUTHER. a83

(*5) Tout le monde connaît la vie et les ouvrages d'Erasme ; mais j'ai cherché en vain quelqu'un qui connût cette singulière tradition du temps concernant l'ingénieux et sage peintre de la folie.

<2G) Eisleben , lieu de la naissance de Luther ; Mœra , qu'habitèrent ensuite ses parens; Eisenach, où il fit ses premières études ; Wittemberg , berceau de la réforme ; les montagnes du Hartz : tous ces lieux sont situés dans la Saxe.

O?) On sait que Luther , en effet, a donné une traduction des Psaumes : elle est encore usitée dans les temples protestans de l'Allemagne , et c'est assurément un des premiers et plus importans monumens littéraires de la langue et de la poésie de ce pays.

C28) Le père de Luther était mineur d'après l'histoire , et en mettant souvent dans sabouchedes façons déparier empruntées de cette profession, l'auteur a complété l'illusion et la vraisemblance dramatique de ce personnage.

(23) Wetzlar, autrefois une des villes les plus importantes de l'empire germanique , et siège de sa chancellerie : ses monumens sont remplis de tableaux qui rappellent des traits de ses anciennes annales.

C3°) Ces exclamations théologiques et les raisonnemens du même genre qui les précèdent , dans la bouche d'un simple mineur, peuvent paraître au premier aperçu peu naturels, et propres à déparer une scène dont le naturel et la vérité font le principal mérite. Mais il faut se rappeler que dans les époques , les pays et les classes ou la religion est la grande affaire de la multitude, les controverses et les prétentions religieuses sont aussi du fait de tout le monde , ainsi que la sollicitude pour ce qu'on appelle les choses saintes, ce qui explique la déférence avec laquelle le docteur Luther consulte son père sur les intérêts et les tentatives de la réforme en Saxe ; d'ailleurs , dans les pays de mines riches et abondantes , la profession de mineur , propriétaire , ou directeur de mines , était assez relevée et laissait supposer de l'éducation, dont le premier usage, à cette époque, était de montrer du zèle et de l'habileté dans les controverses religieuses.

C30 Tetzel , personnage historique, et un de ceux dont, au

dire même des écrivains catholiques les plus opposés au protestantisme, l'entêtement et les passions contribuèrent le plus à rendre inévitable l'explosion générale de la Réforme.

(3a) Quand l'auteur de Luther emploie une comparaison , il la développe et la retourne, outre mesure, jusqu'à ce qu'il en ait abusé , ce qui lui arrive avec ses comparaisons les plus heureuses, et toutes ne le sont pas également.

C33) Eisleben , auquel Luther adresse ici cette exclamation touchante, est non-seulement le lieu où il vit le jour ; c'est aussi, par un des traits les plus remarquables de sa destinée , celui ou il mourut.

(3t) Ils furent en effet les premiers protecteurs de Luther.

(3a) Sub utrâque , la communion sous les deux espèces , une des principales questions théologiques qui divisent, comme on le sait , l'église catholique , des religions réformées.

C36) Usage immémorial des étudiaus dans l'Allemagne protestante.

C3") Les biographes de Luther parlent de son goût pour la musique.

C38) Cette tradition superstitieuse est dans la vérité de l'époque et dans la croyance du personnage. Luther, en effet, crut un jour voir apparaître le démon , il lui jeta l'écritoire à la face ; les voyageurs crédules ou curieux se font encore montrer à Wittemberg , à ce qu'on assure , les taches d'encre soigneusement encadrées sur les murs de la chambre où eut lieu cette singulière apparition.

C39) Ces diverses vocations de Luther, dont l'auteur lui fait parler ici successivement , sont historiques.

(4°) Cet événement est historique.

WO Paroles historiques : dans la pièce originale , le moment où Théobald , en souriant à travers les larmes , conseille par son silence de partir pour Worms, où il subit le célèbre jugement que la suite de la pièce va nous présenter, et qui nous est connu par l'histoire , est le sujet d'une des jolies gravures qui en ornent l'édition. Luther , ses parens , Mélanchthon et Théobald , y sont représentés avec beaucoup d'expression.

Le cantique quechante Luther dans une autre scène, noire Dieu

SUR LUTHER. a85

estimfort redoutable, a été composé ainsi par Luther lui-même, avec la musique ainsi que les autres chants que, dans la même scène, l'auteur met dans sa bouche et dans celles de ses amis, tels que les proteslans les ont conservés, et avec des formes de langage usitées alors, et qui ont vieilli depuis.

(40 Dans les temps qui précédèrent immédiatement la Réforme , la licence et l'intrigue ayant fait tomber le clergé dans la déconsidération, les architectes et les sculpteurs chargèrent successivement les murs des anciennes et nouvelles églises et autres édifices publics d'allégories et d'allusions plus ou moins outrageantes pour les ministres de la religion ; et la poésie de cette époque avait souvent la même tendance , comme l'attestent quelques-uns de ses vieux monumens : telle est la peinture que l'auteur, à ce qu'il paraît, suppose dans la salle impériale de Worms, et que du Bossu prend plus loin le soin d'expliquer à Charles-Quint, eten parlant en même temps d'allusions semblables sculptées, selon ce qu'il dit, sur une des faces de l'antique cathédrale de Strasbourg. A l'époque de la Réforme, cette mode disparut : le clergé catholique devint plus circonspect, et se garda d'ailleurs qu'on l'offrît en scandale à son rival, tandis que, d'après les luthériens, le christianisme, ramené à sa pureté dans le creuset de la Réforme, n'avait plus que des droits à la confiance et à la considération des peuples.

(43) Comparaison qui me paraît de bien mauvais goût.

(44) Charles-Quint, souverain en Allemagne et en Espagne , resta en effet presque étranger à ce premier pays.

(45) Je n'ai rien trouvé dans l'histoire qui soit relatif à ce trait . Le nom de du Bossu ne se trouve pas non plus parmi ceux des fous de l'ordre de Charles-Quint cités dans l'histoire de Pflegel ; et il est étonnant que Werner ait préféré ce nom à celui de Kuntz-Fonder-Rosen.

(46) Voyez la note 42.

(40 Tous les noms et toutes les descriptions dont l'auteur fait précéder cette scène sont historiques : les Stollberg et les Dalberg se sont encore illustrés de nos jours. L'archevêque de Mayence remplissait toujours les fonctions de directeur de la diète de Worms. Jean Fuggers fut en effet un négociant opu-

a86 NOTES

lent anobli par Charles-Quint : ses descendans possèdent encore une principauté en Bavière.

(48) Usage de l'époque, avec lequel les grands avaient coutume de vouloir honorer les hommes distingués des classes inférieures.

(Page igi.)Laloiqueles AllemandsappellentZ7rp/zerf, instituée dans les temps de la féodalité et renouvelée par l'empereur Maximilien , avait pour objet d'empêcher les bannis d'avoir recours. , pour se venger , au moyen des provocations au combat singulier par les armes , ou par ce qu'on appelle jugement de Dieu.

(49) Le jugement de la diète de Worms présidée par Charles-Quint, jugement qui en acquittant Luther lui imposait les conditions les plus sévères , la prérogative du double vote de l'empereur, sont des circonstances historiques ; mais l'égalité des voix pour et contre lui, et l'usage qu'il fit en sa faveur du double suffrage, appartiennent à l'imagination de l'auteur.

(5o)C'estici ou Thérèse etThéobaldse reconnaissent pour deux êtres d'une nature supérieure, et que l'on reconnaît aussi plus positivement l'intention de l'auteur, développée encore davantage à la fin de la pièce.

{Page 204.) Tout ce que j'ai pu apprendre par mes recherches sur l'hyacinthe et l'escarboucle auxquelles l'auteur fait jouer un si grand rôle dans l'hymne mystérieuse de ses deux anges, c'est que dans le style ascétique on regarde assez communément cette fleur et cette pierre précieuse comme l'emblème de la pureté et de la ferveur. L'escarboucle ressemble au charbon ardent, et l'on sait que le prophète Isaïe vit , dit l'Ecriture , dans une de ses visions l'ange qui lui apparut poser un charbon ardent sur ses lèvres pour leur donner la force et lapureté. Je ne saurais mieux faire connaître les intentions de Werner en introduisant dans sa pièce Théobald et Thérèse , et en mettant dans leur bouche les paroles qui sont l'objet de cette note et plusieurs autres allusions mystiques qu'en donnant ici la traduction d'un des passages du prologue en vers dont Werner a fait précéder sa pièce. Maintenant j'enverrai (dit l'Éternel ) à tes côtés trois anges, mes élus. L'homme ici-bas sur la terre , avec le secours d'êtres célestes , peut gouverner le monde. Ainsi parla le Seigneur; la

flamme de sa parole se fait sentir à la troupe sainte des chérubins et des séraphins qui planent joyeusement autour de la source éternelle des lumières. L'ange de la foi est le plus rayonnant de tous les chérubins; aux peuples foulés par l'oppression , il paraît d'abord comme une escarboucle lumineuse , qui ne brille qu'au sein de l'obscurité la plus épaisse , ne se montre qu'aux prophètes et aux enfans , brûle aux sein d'images sacrées et flamboyé au milieu des étoiles. Vient ensuite l'ange des arts, dont l'influence suprême s'empare à la fois des héros et des princes, et qui, pour soulager nos peines, descend pour séjourner dans nos humbles asiles, exhalant de suaves odeurs , pareil à la fleur d'hyacinthe qui réfléchit dans son sein les couleurs du firmament, etc. , etc. , etc.

Aussi mes soins fidèles , mes travaux laborieux ont-ils été consacrés à vous faire voir par de frappantes images comment Luther reçut des régions supérieures la consécration de sa force. La chaleur de son ame devait répandre la lumière au sein de la nuit obscure ; aussi des anges furent-ils chargés du soin de l'élever , jusqu'à ce que la douceur de l'amour eût entièrement épuré chez lui la force de la chaleur dévorante. Elisabeth, épouse de Cotta, bourgeois d'Eisenach , institutrice de Luther , qui lui prodigua les premiers soins , dont la sagesse et la bonté paternelle développèrent les premiers germes de ses vertus, Elisabeth , dans mon saint ouvrage , paraît comme l'ange de la bonté pure; car c'est dans le cœur de la femme que réside le plus noble présent de la Divinité. D'un regard élevé , et d'une pieuse tendresse, considérez l'aimable enfant que j'appelle du nom de Théobald , parce qu'une fleur divine va bientôt éclore en lui. Séraphin céleste, génie des arts, son doux regard fait éclater la force irrésistible de Luther , et des accens divins sortent de sa flûte mélodieuse. Mais lorsque vous sentez les atteintes de la douleur; que la croyance, comme un chérubin ailé, se présente à vos côtés , comme il protégeait autrefois Luther et sa noble épouse , je l'appelle Thérèse , pour montrer que cette rose divine s'épanouit pour préparer dans son doux calice le trône de l'amour. Je l'ai présentée sous les formes de l'enfance ; car c'est au cœur de l'enfant que n'ont point encore re-

froidi les scènes du monde qu'il aime à se présenter. Dans l'âme candide de Catherine, Thérèse cultive le germe sacré que doit développer pour son salut la force entraînante de Luther ; et quand des douleurs arnères les ont purifiés ( car les couronnes de l'amour sont de précieuses épines ) , flambeaux célestes , ils brilleront réunis, etc. , etc.

C50 La vallée de Saron dont il est parlé dans le cantique des c antiques et à laquelle on attache un sens mystique relatif à l'immorlalilé et à la résurrection.

(5a — Page 239.) Leslégendes font connaître les traditions relatives à saint Georges écrasant le dragon, saint Sébastien percé de flèches , et l'ermite sainte Euphrosine.

C53) La tragédie de Luther, si remarquable par ses défauts et ses beautés , produit toujours une grande sensation en Allemagne ; il sera difficile , à part même notre goût en matière de théâtre, qu'elle produise la même impression en France , où , par des causes que l'on ne peut développer dans un ouvrage étranger à la politique, les idées religieuses ne peuvent encore trouver que peu d'influence même en littérature; mais en Allemagne elles servent d'enveloppe et d'égide aux plus vives affections nationales. La dernière scène offre ce trait remarquable , que la pièce, malgré son incohérence d'actions, en reçoit un caractère d'unité qui reporte l'imagination du spectateur vers l'idée qui l'avait d'abord frappé ; le fond de la scène fait revoir au spectateur les braves mineurs faisant entendre les mêmes accens au sein de la régénération religieuse , triomphante et assurée , que dans le fond des souterrains , aux jours de ses tribulations, dans le commencement de la pièce.

A l'instant où je termine cette note , les journaux annoncent la mortdeWerner, arrivée à Vienne le 1 5 janvier dernier. Sien écrivant ma préface, j'avais pu prévoir qu'au même moment les portes du tombeau se fermaient sur lui , les formes de mon jugement n'eussent pas été aussi sévères ; car, dans les choses graves, je suis loin d'adopter sans restriction la devise : « On doit des égards aux vivans, on ne doit aux morts que la i>enf/e»Toujours est-il que l'Allemagne vient de perdre enWerner l'un de ses plus grands poètes.

LE

Page 1