‹ Chefs-d'œuvre du théâtre allemandChapitre 176 sur 272 · SCENE II. 3.i · texte numérisé non relu

SCENE II. 3.i

TRUDE

Tu me fais frémir !

(Elle lit.)

« Comme Kuntz-Kuruth , soldat en retraite de la » Re'publique Helvétique, ci-devant propriétaire, ac- » tuellement hôte à l'auberge de Schwarrbach au » Genimi, sur la plainte formée contre lui par Jean » Jugger, pour non-paiement d'une lettre de change » faite par lui, Kuntz , de trois cents florins valeur de » Berne, nonobstant tous les délais à lui accordés, n'a » pu jusqu'à ce jour en effectuer le paiement; Kuntz- » Kuruth et sa femme sont assignés demain 25 fé- » vrier, à huit heures du matin, à comparaître; si, » jusque-là, ils ne se sont point entendus avec leur » créancier, leurs excuses et observations ne seront » plus admises, les archers s'empareront de leur » maison et de leur prairie, lesquelles seront ven- » dues à l'enchère , à l'effet de payer du produit de » la vente les impôts arriérés, et, avec le restant, » ladite lettre de change; et attendu que ledit pro- » duit sera loin d'y suffire, ils sont tenus, Kuntz et » sa femme , de se rendre à la maison de détention » pour y travailler jusqu'à entier paiement de la » dette. Comme de droit. »

Leuk , le 24 février 1804.

Signé, sous-bailli et échevins du canton du Valais.

Mon Dieu!... As-tu été chez ce cruel Jugger, pour lui demander encore un répit ?

3ia LE VINGT-QUATRE FÉVRIER,

KUNTZ.

Le malheureux ! que n'ai-je pas employé pour le toucher, et pour obtenir un délai d'une quinzaine de jours seulement? C'est en vain, La pierre ne peut être plus insensible que ce riche animal. « Je n'ai rien à perdre, » me disait-il; « ces la- » mentations m'ennuient : si d'ici à demain je n'ai » point d'argent, les archers vous conduiront en » prison. »

TRUDE

N'es-tu pas allé chez nos voisins , nos cousins et cousines ?

Eh ! ils m'ont tous fermé la porte au nez.

TRUDE

Et c'est ce qu'on appelle des parens !

KUNTZ.

Un parent, maintenant, est celui qui vous aide le dernier et vous mord le premier.

TRUDE

Quand nous étions riches , ils ont cependant bien des fois apaisé leur faim chez nous.

KUNTZ.

Aussitôt le dîner digéré, aussitôt oublié.

TRUDE

Tu n'apportes donc rien ?

KU NT Z , tirant une moitié de pain de sa poclie et la jetant sur la table.

Rien que ce demi-pain , qui m'a été donné par le pauvre Heiny. Il sait ce que c'est que la faim! c'est

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