‹ Chefs-d'œuvre du théâtre allemandChapitre 177 sur 272 · SCÈNE II. 3i · texte numérisé non relu

SCÈNE II. 3i

pourquoi il me l'a donné. Pour aujourd'hui encore cela nous empêchera de mourir.

TRUDE

Et demain?...

KUNTZ.

Demain, quand les archers viendront,... alors... infâme celui qui supporte plus qu'il ne peut ! alors, ... comme j'ai vécu, de même je veux mourir... en libre citoyen suisse.

TRUDE

Tu me fais frémir. As-tu donc tout essayé ?

KUNTZ.

Tout.... et vainement. Celui qui est maudit une fois, l'est pour toujours.

TRUDE

Que penses-tu? Ne me regarde donc pas aussi terriblement... A trois lieues d'ici, au Kanderthal (3) , demeure le riche Stoefïly, qui a un si grand troupeau de vaches qu'il pourrait paver les Alpes de ses fromages; et puis de l'argent comme du foin ! Il vit plongé dans le vice et la crapule; dès le soir il est déjà ivre... Il demeure tout seul;... qu'en distu ?... Si tu pouvais t'introduire cette nuit furtivement chez lui... et... Ne me regarde pas aussi fixement... Tu pourrais le lui rendre , si Dieu nous bénissait...

KUNTZ.

Et s'il nous maudissait?...

TRUDE

C'est un emprunt seulement que de prendre ain-

3i4 LE VINGT-QUATRE FÉVRIER,

si... Un vol , que le bon Dieu nous en préserve !.. non!... Pourtant, dans un tel besoin, sauver son honneur et sa vie en... prenant, ce qu'on peut, par la sueur et le travail, remplacer un jour,... cela peut-il être un péché ?

Femme ! oses - tu , femme déhontée , lever encore les yeux sur moi?... Moi, ancien soldat de la Confédération , qui même avais siège et voix à la diète, et qui soutenais de mon bien et de mon sang les décrets auxquels j'avais contribué; moi, qui sais lire, écrire, et qui connais l'histoire de mon pays; qui sais ce qu'ont été Tell et Winkelried , ce que, dans l'ancien temps, chaque Suisse, souvent aux dépens de lui-même, a fait pour le bien commun; moi, qui même, lors de mon congé, il y a treize ans, ai reçu un certificat du conseil de Berne pour avoir enlevé seul un drapeau à l'ennemi; moi, voler?., garde-toi de me répéter une pareille proposition.

TRUDE

Au nom de Dieu, ne m'en veuille pas !

KUNTZ.

Ton père a été ministre d'une paroisse , et toi , sa fille , tu veux voler ! fi ! n'as-tu pas honte ?

TRUDE

Ta colère me déchire le cœur. Ah ! que ne puisje te sauver au prix de mon sang!

KUNTZ.

Prends -garde à toi seulement; je sais £e-que j'ai

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