SCÈNE III. 35y
or?... Je l'aperçois là -bas sous le paillasson. — Eh bien, prends-la.
TRUDE
Non!
KUNTZ.
Tu as honte ?.. Il est vrai, ce n'est point honnête, c'est même déshonorant. Écoute, qu'en penses-tu? nous ferons mieux de laisser tout cela.
TRUDE
Oh ! un bon ange t'inspire cette idée.
KUNTZ, mettant le couteau dans sa poche.
Oui, laissons-nous mourir sans crime.... Sans crime?... Oh! non. {La pendule sonne minuit ; il compte haut les coups.) Un, deux, trois, quatre, cinq, six, sept, huit, neuf, dix, onze, assez!.. Et douze. C'est minuit! Ne te plains point, vieillard; ce qui est fait est fait.
TRUDE, le tirant vers la porte.
Oh ! viens donc.
KUNTZ, ouvrant doucement la porte, et la refermant promptement comme saisi
d'un frisson.
Eh!
Bon Dieu ! qu'as-tu ?
KUNTZ.
Je ne puis rentrer là-dedans.
TRUDE
Pourquoi ?
36o LE VINGT-QUATRE FÉVRIER,
KUNTZ.
N'as-tu pas vu le vieux, assis dans son fauteuil, tout bleu , les yeux à demi ouverts , me menacer de son regard?
TKUDE, ouvrant la porte et regardant dans la chambre.
Je ne vois rien.
KUHTZ, attirant Trude près de lui.
Reste là. J'ai peur; approche-toi plus près de moi... comme cela! (// tient les mains de Trude avec les siennes, et les élève au ciel comme s'il voulait prier. ) Aide-moi à prier î aide-moi !
TRUDE , mettant à terre la lampe, et joignant ses mains avec celles de Kunlz.
Oh ! si je pouvais obtenir du ciel quelque secours !
KUNTZ.
Notre père, qui m'avez maudit!... (A Trude.) Regarde... le rire moqueur de cet e'tranger. Il se rit de moi, parce que je suis maudit, et lui non.
TRUDE, le tirant vers la porte.
Fuis le pouvoir du démon.
KUNTZ , élevant encore une fois ses mains vers le ciel.
Notre père ! . . . ( A Trude regardant Kurt. ) Écoute!... son or, il est maudit aussi. Viens donc! il m'appelle... Entends-tu? il m'appelle, viens donc!., de même que les glaciers l'appelaient.
TRUDE
Ce sont les hiboux qui crient.