SCÈNE III
Pour l'amour de Dieu , mon mari !
KUNTZ.
Je pourrais même le tuer , personne n'en dirait mot... Chacun est libre de le faire... à un meurtrier.
TRUDE
Par les plaies de Jésus !
KUNTZ.
Allons, point de bruit; je ne le ferai pas. Je veux
seulement Et il n'y a pas de temps à perdre...
C'est un voleur, cela est évident; peut-être est-ce même un sorcier... De pareilles gens sont fort dangereux pour la confédération... J'aurais seulement envie de partager son butin.
TRUDE
Oh! garde-toi d'un pareil attentat !
KUNTZ.
Je dois donc aller me jeter dans le lac et commettre une impiété , maintenant que la loi même me permet de me sauver , en prenant ce qui a été pris... C'est bon,... laissons cela,... je sais aussi mourir.
TRUDE
Non!
KUNTZ.
Dois-je?...
Fais donc ce que tu voudras...
KUNTZ.
Alors, éclaire-moi.
TRUDE, prenant la lampe de dessus la table.
Oh ! tourmens de l'enfer !
KUNTZ.
Il est minuit! l'heure est favorable. C'est alors que l'on a du courage,... même si feu mon père était là, bleu du coup d'apoplexie ! — Eh bien ! femme, tu trembles : pourquoi ? ( Trude tient d'une main la lampe et de l'autre se cramponne au bras de Kuntz. — Kuntz donne le bras à sa femme, s'avance doucement vers la porte du cabinet, il heurte avec le pied le couteau qui peu auparavant était tombé. ) Ho , ho ! c'est donc toi, vieux camarade? Je te prends avec moi.
( Il ramasse le couteau. ) TRUDE.
Tu ne veux pourtant pas répandre son sang ?
KUNTZ.
Non. Vois-tu, c'est ce que tu ne comprends pas. J'ai été soldat , moi ! il faut prendre ses précautions... un pareil instrument tranchant est bon en toute occasion. {Entrant doucement dans le cabinet avec Trude qui se tient toujours à son bras. ) Ecoute , ne sens-tu pas ici une odeur de cadavre ?
TRUDE
Oh! sortons.
Il dort. Où a-t-il donc mis sa ceinture avec son