‹ Chefs-d'œuvre du théâtre allemandChapitre 2 sur 272 · ET SUR SON AUTEUR · texte numérisé non relu

ET SUR SON AUTEUR

Ji,N donnant pour premier tribut à l'importante collection dont je m'honore d'être devenu un des collaborateurs, la traduction d'une pièce qui a pour objet le plus mémorable événement des annales du christianisme, je ne me dissimule pas que ce choix pourra sembler en quelque chose affecté et extraordinaire; peut-être même pourrait-on le regarder comme inconvenant et déplacé s'il était fait de dessein prémédité; mais on aurait tort de le croire. C'est par la traduction d'une tragédie de Lessing, que je devais d'abord prendre part à la collection des Chefs-d'œuvre des Théâtres étrangers. Des circonstances particulières en ont retardé la publication. Ayant depuis témoigné le désir de faire paraître, en attendant, la traduction de quelqu'autre composition dramatique allemande , l'éditeur m'engagea à me charger de celle de Martin Luther, parWerner W. Le rang distingué que cette pièce occupe dans la littérature allemande, la réputation de son auteur, et les éloges de madame de Staël, ne permettaient pas qu'on la rejetât ; un autre s'en fût emparé. S'il ne m'appartenait pas de la choisir, je ne devais pas non plus refuser de m'en charger : je la rendrai avec la plus scrupuleuse exacti-

tude; et, en parlant ici de l'auteur et de l'ouvrage, je le ferai avec cette impartialité et cette franchise qui ne doivent abandonner un homme de lettres dans aucune position et sur aucun sujet, et que peut-être le public a pu reconnaître dans quelques-unes des faibles productions de ma plume.

Le sujet et la tragédie de Luther me paraissent essentiellement poétiques et propres au théâtre, et j'ai la même opinion en général des mystères , des dogmes et des solennités qui font la base de la religion chrétienne , et se rattachent à ses diverses phases historiques depuis les temps de sa fondation , jusqu'aux époques modernes qui la modifièrent dans ses formes extérieures. Le sévère et judicieux Boileau, qui n'était pas, ce me semble, entièrement exempt des préjugés de son siècle, a interdit le christianisme à la poésie dans ces vers si connus :

De la foi d'un chrétien les mystères terribles D'ornemens égayés ne sont pas susceptibles.

Mais l'époque essentiellement chrétienne de Louis xiv semblait, par une contradiction étrange et dont les causes et les effets ont été développés ailleurs, exclure de la littérature, de la poésie et des arts, tout ce qui ne se rattachait pas aux souvenirs et aux traditions du paganisme et de la fable. A l'époque même (ou à peu près) où Boileau prononçait cette sentence rigoureuse, Poljeucte et Athalie en France , le Paradis perdu chez nos voisins, et, dans le siècle suivant, la Messiade de Rlopstock, Zaïre et Alzire , sans parler des ouvrages de plusieurs écrivains de nos jours, donnèrent successivement un démenti, à ce sujet, au législateur de

Page 1