SCÈNE IL
ELVIRE, IERTA , elle entre par une autre porte suivie par plusieurs valets.
IERTA.
Qu'avez-vous , Elvire ?
ELVIRE
Rien, ma sœur.
IERTA, aux valets.
Allumez promptement. (Les valets sortent, et rapportent peu après des flambeaux et des candélabres . ) Vous avez sonne' à plusieurs reprises avec vivacité ; l'effroi est peint dans tous vos traits ; votre harpe est à vos pieds; (en souriant) sitôt après le coucher du soleil, étiez-vous déjà en tête-à-tête avec quelque malin esprit ?
ELVIRE
Si je suis faible, masceur plaindra ma faiblesse. Un triste pressentiment m'oppresse : je crains pour la vie de mon époux.
IERTA.
Est-ce donc la première fois qu'il vous quitte pour chasser dans la forêt? Les époux ne chassent-ils pas en Espagne ?
ELVIRE
Ah ! les vents y soufflent doucement ; la campagne est un jardin; les animaux timides fuient à travers des bosquets d'oliviers ; dans le coeur des forêts, les
Tlicdtre Allemand. 25
mœurs n'ont rien de farouche ; la chasse est un
plaisir sans danger.
Dans votre Nord sauvage, la chasse est un combat mortel; sur ces rochers dont le vol de l'aigle atteint à peine les sommets glacés , dans des forêts de noirs sapins , l'homme attaque l'ours avec furie ; si l'acier dont il le frappe trompe sa confiance, l'animal irrité le terrasse et se venge. L'écho répète les hurlemens des loups et des panthères ; des précipices s'ouvrent sous les pas du chasseur ; les avalanches roulent avec fracas , l'entraînent et l'engloutissent.
Dites, ma soeur, ai-jetort de trembler pour la vie
d'Hugo?
IERTA.
Les hommes vivent pour le danger , comme les femmes vivent pour l'amour. Les filles du Nord aiment les braves; elles honorent le sang versé dansles jeux de la paix comme dans les hasards de la guerre. (4vec gaieté.)Ma.isle courage de nos héroïnes trouve un appui dans les traditions consolantes du pays. Elles savent que des fées invisibles, logées dans des tours ruinées , protègent leurs amans contre les dangers delà chasse. Quelle incrédule oserait douter de leur puissance ?
ELVIRE
Ah ! vous ne savez pas...
IERTA. Elle continue.
Des signes bien connus avertissent du danger qui s'approche. Dans un jour de funeste présage la jeune fille, docile aux conseils des intelligences tutélaires ,