ACTE I, SCÈNE II
IERTA.
Tu connaissais Hugo lorsque Carlos vivait encore?
EL VI RE, embarrassée.
Non..., oui.
IERTA.
Lequel dois-je croire, nia soeur? Sans doute tu connaissais Hugo, puisqu'il était l'ami de ton époux.
EL V IRE, levant avec peine les yeux vers 1er la.
Ma soeur, toi dont l'àme est si pure, tu vas me condamner sans pitié ; mais j'ai besoin d'épancher dans ton sein la cause de mon effroi. Hugo!....
oui, je l'ai connu; je l'ai aimé quand mon
époux vivait encore. ( Ierta s éloigne délie avec l'expression du blâme ; après un silence Elvire continue.} Depuis, tout m'épouvante; la feuille que le vent du soir agite, me fait trembler comme elle. Dieu m'a donné Hugo, mais sa vengeance m'attend : je vois le glaive suspendu sur ma tête ! Femme coupable, dans les désirs déréglés de mon coeur, j'ai usurpé l'avenir; et le bonheur que je n'ai pas mérité , je dois craindre toujours qu'il ne me soit ravi.
I E RTA , se rapprochant et la regardant avec intérêt.
Accepte avec soumission cet effroi qui expie ton bonheur. C'est Hugo que tu as aimé ; la sœur d'Hugo ne sera pas pour toi sans indulgence.
( Elles s'embrassent avec émotion, et s'approchent ensemble de la fenêtre. Le bruit du veut , qui déjà se faisait entendre, est devenu sensiblement plus fort pendant quelques secondes de silence. )
ELVIRE, le cœur oppressé.
Entends-tu? le vent souille sur le rivage, et sou-
39o L'EXPIATION,
lève les flots de la mer qui gronde dans le lointain. Toutes les étoiles sont éteintes, un triste voile couvre la voûte du ciel ; l'orage chasse devant lui une neige épaisse, comme le sable du désert; elle se forme en tourbillon , s'élève de nouveau dans les airs. Ainsi que la terre couvre les froides dépouilles de l'homme, la neige s'étend sur la campagne désolée, et les éminences qu'elle forme sont semblables à des tombeaux,... ( Elle s éloigne de la fenêtre. ) Les oiseaux de proie volent autour de ma tête. Ierla! Ierta! rassure-moi sur le sort d'Hugo!
IERTA.
Ne crains rien. Des chasseurs exercés, montés sur les hauts coursiers du Nord, ne se perdent pas dans les forêts de leur pays (l).
ELVIRE, à la fenêtre.
Écoute, ma soeur, je crois entendre les voix des chiens.
IERTA, s'approcliant.
Je les entends,... bien loin encore.
ELVIRE
J'entends aussi le son des cors; oui, ils sonnent le rappel. Les chasseurs réunis reviennent au château. {Avec joie s' éloignant de la fenêtre.) Je vais revoir Hugo !
IERTA., restant à la fenêtre.
Il a sans doute pris les devans; j'entends les pas des chevaux dans lavant-cour.