‹ Chefs-d'œuvre du théâtre allemandChapitre 224 sur 272 · ACTE II, SCÈNE IV. 4i · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE IV. 4i

furies ont entouré son sein. Laisse-nous jusqu'à ce qu'elle soit calme'e.

( Otto sort. ) EL VI RE. Elle se relève du fauteuil dans lequel elle s'était jetée.

Voilà donc pourquoi tu voulais revenir clans ce pays glace' ! Tu savais que sous ses neiges une fleur vivait pour toi.

Voilà donc pourquoi tu m'as enleve'e du pays de mes pères, de cette terre bénie de Dieu, consacrée à la sainte Vierge du ciel! tu venais chercher ici une autre vierge, à la quelle tu sacrifies ton épouse.

Voilà donc pourquoi cette prétendue soeur me disait aujourd'hui même avec tant d'impudence qu'elle était ma rivale !

HUGO, avec force.

Arrête ! soulage ton coeur du venin qui l'oppresse; mais n'offense que moi; respecte la pureté d'un ange.

EL VIRE

Sa pureté! Oh! justifie-la, je t'en conjure, et justifie-toi avec elle ; ou, si tu ne le peux ? avoue que tu es coupable : que je sache avec certitude si je dois vivre ou mourir.

HUGO

Faut-il employer des sermens pour détruire un honteux soupçon? Elle m'aime comme les anges aiment les hommes, et je lève les yeux sur elle comme tu les élèves vers la Vierge que tu adores.

ELVIRE

Non , il n'en doit pas être ainsi. Moi seule je dois

régner dans ton âme; tu es à moi, tu n'appartiens

pas aux anges , tu n'appartiens pas même à Dieu.

Insensée ! que tes blasphèmes du moins n'appellent son tonnerre que sur nos têtes.

Mais tu as dit vrai; je le crois en effet : quand je commençai à t'aimer, je me dévouais aux enfers.

EL VI RE. Elle porte sa main à sa tête.

Oh ! la fièvre me brûle.

Aujourd'hui même elle me rappelait les jours de votre enfance , lorsque tu croissais auprès d'elle, majestueux comme le sapin des forêts , le plus beau des enfans du Nord. Elle vantait le guerrier fatal aux ennemis du trône , mais plus redoutable encore aux jeunes filles qui brûlaient en silence pour leur vainqueur. Pourquoi son visage brillait-il alors de plaisir? pourquoi cachait-elle depuis si long-temps à son amie que les liens du sang ne vous unissaient pas?

HUGO

Injuste Elvire! aujourd'hui seulement, à l'instant même elle avait appris de moi...

ELVIRE, incertaine.

Qu'entends-je ? elle ne savait pas... Et toi...

HUGO

Elle a perdu ses parens ; j'avais craint d'ajouter à sa peine, en lui apprenant qu'elle n'a point de frère.

Ses larmes coulaient en m'écoutant ; elle regrettait les nœuds qui nous avaient unis , qu'elle voyait

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