ACTE III, SCÈNE III. 45t
ELVIRE
0 Dieu! je m'alarmais sans sujet. Un premier mouvement!...
HUGO
Non ; cela e'tait vrai. Je vins le trouver pour l'apaiser, mais en vain; il m'invita avec ironie à un festin qu'il donnait peu de jours après pour l'anniversaire de son hyménée.
Connaissez-vous la jalousie ? ses torches me poursuivaient; je fuyais devant elles au fond des forêts; là, au pied d'un arbre, j'aperçus Carlos à côté de son cheval couvert d'écume ; il venait d'abattre un animal qui palpitait encore à ses pieds.
L'arme meurtrière était dans ma main : la vie de Carlos tenait à un fil ; pour posséder Elvire je n'avais qu'à toucher le ressort fatal. (Il continue dune voix étouffée. ) Voyez : le feu brille, le plomb vole !... Un cri frappe mon oreille !
(Il s'arrête épuisé. ) IERTA , combattue entre l'horreur et la pitié'.
Oh ! la puissance de l'enfer est grande ; la barrière qui sépare le crime et l'innocence est facile à franchir! (En pleurant. ) Épouse, père, accordez le pardon à l'homme tombé !
EL VI RE , attendrie , sans lever les yeux sur Hugo.
Si le pécheur implore l'église véritable, ses péchés lui seront remis; purifie-toi dans le lieu saint.
VALÉROS, relevé par cette pensée.
Oui, mon fils; cours à Rome, jette-toi au pied
45a L'EXPIATION,
des autels, et reçois sous le dôme de Saint-Pierre,
de la main du souverain pontife , l'absolution de ton
péché.
IERTA, à demi-voix d'un ton sévère.
Hugo, tu es protestant !
VALEROS. Il s'éloigne avec douleur.
Dieu !
IERTA, sur le même ton.
Persiste dans ta foi : crains qu'une absolution vaine ne te prive à jamais de celle que Dieu peut t'accorder.
HUGO
Je suis homme et chrétien, et je le sens profondément : des paroles ne me laveront pas du sang de mon frère ! ( D'un ton sombre et pensif. ) Mais je sais un autre temple plus magnifique que celui de Saint-Pierre à Rome ; il est ouvert à tous les pécheurs , s'ils implorent la miséricorde de Dieu , quelle que soit du reste leur foi. Sa magnifique coupole s'élève sur nos têtes ; elle brille dans l'obscurité des nuits; des traits de feu ont écrit sur sa voûte la destinée des faibles mortels (6). Aux premiers rayons du jour ces signes mystérieux s'effacent : un autel pour le sacrifice s'élève alors dans la place immense; la foule attentive et pieuse fait retentir des chants de mort ; elle attend que la victime soit conduite à l'autel. ( Il s'arrête. ) Savez-vous quel est cet autel? le peuple le nomme échafaud. ( Tous jont un mouvement d'épouvante , il continue avec précipitation. ) S'il est encore pour moi quelque espérance, c'est là que je la trouverai; la hache du bourreau peut me