ACTE III, SCÈNE III
ELVIRE, troublée.
Jésus !
Implore sa miséricorde.
VALÉROS.
Otto!
HUGO
Appelle-moi Caïn ; c'est moi qui ai tué Carlos.
( Valéros chancelle et tombe sur un fauteuil ; Ierta se recule avec horreur. )
ELVIRE. Elle se détourne , croisant ses mains sur son visage , et s'écrie pensant au songe qu'elle a rappelé au second acte.
Le tigre !
( Elle tombe évanouie. ) IERTA, courant à Elvire.
Dieu ! elle meurt !
HUGO, lentement. Il s'approche de Valéros avec compassion.
Vous cherchiez le fils qui vous fut enlevé avant de pouvoir vous connaître; malheureux père, vous l'avez trouvé , et vos yeux ne verseront pas de larmes !
VALEROS, se levant avec effort.
Maudit soit le jour qui t'a vu naître, et les douleurs qui t'enfantèrent et le sein qui t'a porté, monstre ! Le Nord t'éleva pour le crime, et les feux du Midi te l'inspirèrent.
( Il retombe épuise sur son siège. ) IERTA, toujours occupée d'EIvire.
Oh ! pourquoi ai-je dévoilé ces horribles secrets?
HUGO
C'est bien ! Oui , il est mieux que tout soit dé-
Théûtre allemand. 20)
45o L'EXPIATION,
voilé. Vois-tu , ce que je savais , ce que je savais seul , il me fallait l'enfouir pour ne pas détruire le bonheur des autres ; c'était un feu dévorant que j'étouffais dans mon sein Œ. L'eau et le feu luttaient et triomphaient tour à tour ; la rage et le plaisir se disputaient les restes de ma vie. Pour rafraîchir mon coeur que la flamme dévore , il me fallait la rage ou le plaisir ; et je cherchais la paix dans le sang des bêtes féroces , comme les chiens compagnons de ma chasse. ( Il respire librement. ) Maintenant cela va bien ; la flamme a brisé ses entraves; elle s'est fait jour avec les paroles que j'ai prononcées. Tout est consumé, mais tout est tranquille.
ELVIRE. Elle se soulève dans les bras d'Ierta.
Ierta, pourquoi ne me laisses-tu pas mourir? ( A part avec épouvante. ) Je vois l'ombre sanglante de Carlos; d'une main il montre sa blessure, l'autre menace mon époux. {Elle cache sa tête dans le sein d'Ierta. ) Oh !
VALÉP.OS.
Tout est expliqué , tout est horrible ; ces pressentimens confus, le plaisir et l'horreur que me causait sa présence. Il est mon fils, et il a tué son frère !
HUGO. Il s e'crie dans le plus grand de'sordre.
Je n'ai pas voulu tuer mon frère,... je croyais tuer un ennemi;... je ne répondrai pas pour davantage! {Plus lentement.) Carlos furieux voulait se venger d'un crime que je n'avais pas commis ; il préparait ma mort. ( // montre Elvire. ) Elle m'avait averti en secret du danger.