ACTE IV, SCÈNE III
ELVIRE, avec exaltation.
Tu es pure devant lui comme la neige nouvellement tombée du ciel; tu habites sur la hauteur : le rayon de la lumière céleste repose sur ta face. {Elle se jette à ses genoux dans V attitude de la prière. ) Vierge ! laisse-moi déposer à tes pieds le fardeau de mes péchés : entends ma confession.
Comtesse ! Dieu ! votre esprit s'égare ! levez-vous ! {Elle se relève.) L'action de votre époux n'est pas la vôtre.
ELVIRE
Elle est la mienne , oh ! elle est la mienne, puisque je la savais !
IERTA, avec élonnement.
Que dites-vous?
ELVIRE
Puisque je devais la savoir après l'horrible catastrophe. Mais la passion enchaînait ma raison, et, dans un aveuglement volontaire, je me donnai au meurtrier de mon époux. Un songe sanglant me révélait alors ce que mon esprit coupable avait refusé de comprendre.
IERTA.
Vous êtes ingénieuse pour votre supplice ; la miséricorde de Dieu ne juge pas comme vous vous jugez vous-même.
ELVIRE
C'est moi qui l'enflammais pour le meurtre , je suis plus coupable que lui. {Dans un combat inté-
rieur.) Carlos était d'une faible santé... Hugo espérait ;... je... ( Ierta la regarde avec V orgueil de V innocence et veut s'éloigner. ) Tu me quittes, ô Ierta : demeure ! Oh î n'abandonne pas une misérable créature aux horreurs du désespoir.
Laissez-moi vous quitter, comtesse , avant que je doive croire que vous méritez un tel sort.
ELVIRE
Non, tu ne me refuseras pas ta pitié, puisque le royaume du ciel s'ouvre encore pour le repentir.
Le père de Carlos,... je l'accuse à regret, mais lui aussi fut coupable. Issue d'une race royale, je perdis mes parens au berceau ; tu connais Valéros , son orgueil castillan; il jouissait à la cour d'un grand crédit. Il m'obtint pour son fils. A peine sortie de l'enfance, ma foi fut promise à Carlos. Trois ans après, je devins son épouse; tous deux enfans nous ignorions et nos devoirs et la vie, je fus mère sans avoir aimé; Hugo parut, et le voile qui cachait le bonheur à mes yeux fut déchiré pour toujours. La rigueur du devoir irrita la violence de mon amour.
Oh! n'ai-je pas assez combattu? Dans la ferveur de mes prières, j'embrassais les genoux de la Vierge. Elle me rejeta , je l'avais invoquée trop tard. ( Ierta s'approche, s attendrit de plus en plus , Elvire saisit sa main.) Ierta, tu l'as aimé aussi : tu sais avec quelle puissance il détruit le repos dans le coeur d'une femme.
IERTA, avec dignité.
Non, je ne le sais pas : mais, infortunée , je com-