ACTE IV, SCÈNE III
ne périra qu'avec le firmament; mon ami toujours présent à ma pensée, tel que le beau idéal se révèle au génie du peintre , mon ami ne périra qu'avec moi. Que lui font tous les accidens du monde, et la vie, et la mort et les désirs furieux?... Mais une tache sur son image blesse ma vue et trouble la paix de mon cœur. Laisse partir Hugo; que son épée détruise l'ennemi, et s'il tombe dans le combat, ne crois pas qu'il ait cessé de vivre.
ELVIRE, avec une vivacité croissante.
Fille orgueilleuse, te sera-t-il donné d'envahir le ciel , de séparer ce que Dieu a uni sur la terre , et l'esprit et le corps, et la vie et la gloire? Je ne sais point ainsi déchirer ce que j'aime. Le comte est à moi tout entier, tel que je le presse dans mes bras. Ne parle plus de son départ.
IERTA.
Qu'il en décide. J'entends ses pas dans la galerie.
ELVIRE
Est-ce lui ?
IERTA, s'approchant de la porte.
Lui-même.
ELVIRE
Je veux fuir.
IERTA.
Fuir? Ne voulez-vous donc ni le quitter, ni le voir?
ELVIRE
Je ne veux pas le voir ici. Telle que je suis en ce moment, je ne veux pas le voir devant toi, juge insensible. ( Elle court vers le fond du théâtre. Hugo
entre par une autre porte : en V apercevant elle s'écrie. ) 6 ! ciel !
IERTA.
Je vous laisse seuls, demeurez.
ELVIRE
Non, je ne puis.
( Elle sort par un autre côté. )