SCÈNE VI
HUGO, VALÉROS, son épée au côté. Il en cache soigneusement une autre sous son manteau.
VALÉROS, dans le fond du théâtre, d'une voix sombre
Otto!
HUGO, tressaillant violemment. Il se lève, ses genoux tremblent lorsqu'il se tourne vers la porte.
Est-ce vous ?
VALEROS, s'approchant.
Pourquoi tremblez-vous?
HUGO
Votre voix... Il me semblait... que Carlos même m'avait appelé.
VALÉROî».
Peut-être.
HUGO, avec agitation.
Ne voulez-vous donc pas reposer cette nuit? Vous avez vos armes; pourquoi cette épée?
VALÉROS.
Un Espagnol ne quitte pas ses armes partout où son honneur est menacé d'un outrage.
HUGO
Soyez calme; j'y ai pourvu.
VALÉROS.
Comment ?
HUGO
Pour l'amour de vous, pour l'amour d'Ierta et d'Elvire, je dois renoncer à la consolation réservée aux criminels obscurs ; je n'expierai point mes fautes en présence du peuple témoin de mon repentir; je n'emporterai pas la bénédiction du prêtre. {Froidement.) Cependant votre malédiction , . . Ierta l'assure ainsi , la malédiction d'un père est une puissance fatale qui triomphe de la volonté, et entraine irrésistiblement au crime Pouvez-vous révoquer
cette malédiction ?
VALEROS, sans colère , mais avec fermeté.
La vengeance peut vous absoudre ; c'est pour cela que je vous cherche avec ces armes.
HUGO. Il fait un mouvement en arrière.
Comment? vous voulez....
VALEROS, s'e'loignant de quelques pas, jette aux pieds d'Hugo l'épée qu'il tenait caclie'e sous son manteau. Il dit froidement :
Quoi qu'il puisse arriver, défends-toi.
HUGO
Que le ciel m'en préserve ! contre mon père !
VALEROS.
Contre le père de Carlos.
HUGO
Contre un vieillard !
VALEROS.
Je ne me suis point chargé de l'armure pesante d'un chevalier. Cette arme ne demande que de l'adresse : ma force est suffisante.