ACTE IV, SCÈNE VI
HUGO, vivement.
Avez-vous pensé...?
VALÉROS.
Je suis déterminé. Votre crime n'est pas un secret entre nous deux; il ne peut rester caché ; il ne doit pas rester impuni. Un parricide dans ma maison! Dieu du ciel! il faut du sang pour laver cette tache. C'est aujourd'hui que Carlos est tombé : aujourd'hui son meurtrier ou moi, nous périrons.
HUGO, frissonnant.
Son meurtrier ou... Pensez-vous à vos paroles? croyez-vous qu'il me soit possible ?
VALÉROS.
Oui; cette satisfaction est horrible; mais j'ai le droit de l'exiger. L'amour et la haine , la nature et la vengeance déchirent mon coeur paternel. Le fer seul peut me rendre la paix : prends donc, et défends-toi.
HUGO
Jamais ! La puissance du moment peut entraîner la volonté. Quand votre épée s'approchera de mon sein , il se pourrait que l'amour de la vie s'y ranimât. Je vous tuerais peut-être !...
VALÉROS.
Tant mieux.
Et si votre fils tombait sous vos coups , votre tête resterait exposée à la vengeance des lois; elles sont sévères en ce pays...
VALÉROS, avec fierté.
Qui oserait me les opposer ? Don Valéros et sa maison n'ont qu'un seigneur sur la terre , celui qui règne sur le midi des deux mondes. Etranger dans le Nord, je n'y reconnais point de souverain. Si tu tombes , Dieu t'aura frappe' par la main du chef de ta famille. Ne tarde plus.
HUGO
Eh bien ! frappez.
VALÉROfc.
Sans défense... Ce n'est pas moi qui frappe ainsi.
HUGO, avec ressentimeot.
Ce n'est pas vous ! . . . ( Avec un ton de prières et de menaces. ) Mon père !
VALÉROS.
Hâte-toi; on peut venir. Es-tu prêt?
HUGO
Non.
VALÉROS, avec chaleur.
Tu portes le nom de deux races de héros , et tu es lâche !
HUGO, hors de lui.
Qui a dit cela ?
Lâche comme les assassins.
HUGO, djns L'égarement. Il ramasse son e'pe'e.
Mort et damnation !