ACTE I, SCÈNE II. 5g
ce n'est plus assez pour lui des nuages du ciel , l'insensé' veut en former lui-même; dans son délire, il se gonfle. Mais son propre souffle de'truit bientôt ce qu'il créa. C'est ainsi qu'un désir impérieux me presse de me créer à moi-même une auguste image du Sauveur, tel qu'il règne au haut des cieux; je voudrais le voir, non pas seulement des yeux de la foi, mais revêtu de formes corporelles : je voudrais saisir cette image toute brûlante, me créer un Sauveur qui fût mon propre ouvrage , mais dont cependant la vertu réconciliante régnât dans le vaste empire des âmes; qui fût un Dieu pour tous, et cependant m'appartint à moi seule. Voilà comme je voudrais le saisir; c est dans cette image que je voudrais m'abimer, et, remplie d'amour, m'anéantir volontairement avec elle.
DES VOIX, se faisantentendre derrière la scène.
Vive Martin Luther !
CATHERINE
Qu'est-ce que cela ?
THÉRÈSE, courant vers la fenêtre.
C'est le peuple, il se répand par torrens hors de la porte de la ville. Un bûcher s'élève, les étudians l'entourent, la multitude fait entendre des cris d'allégresse. Dieu ! que vois-je? on allume le bûcher.
FRANÇOIS , entrant précipitamment.
Ah! quelle joie! quelle ivresse! Regardez! regardez! Luther lui-même s'approche à l'instant. La bulle d'excommunication , les décrétâtes men-
songères , vont être brûlées de sa main ; et du sein
de cette flamme une foi nouvelle sortira vive et
pure.
CATHERINE, après quelques instans de réû 'xion , précipitamment à Tlie'rèse.
Viens avec moi sur la place.
THÉRÈSE
Que voulez-vous faire, au nom de Dieu ?
Viens, te dis-je.
THÉRÈSE
Mais nous sommes des vierges!
CATHERINE
Oui; mais aussi des chrétiennes! L'ennemi foulera-t-il impunément sous ses pieds ce qu'il y a de plus sacré ?
( Elle quitte précipitamment la scène. Thérèse la suit.)