‹ Chefs-d'œuvre du théâtre allemandChapitre 33 sur 272 · ACTE 1, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE 1, SCÈNE II

FRANÇOIS

Eh bien! adieu.

CATHERINE

Il fuit; et sa douleur m'a profondement blessée; et cette douleur pourtant, cet aveu que je lui ai arrache'... n'importe! la douleur, le jugement qui doit le frapper, sont précisément ce qui me rend impossible, ce qui me défend à jamais de l'aimer.

THÉRÈSE

Tu restes donc fidèle au Sauveur?

Oui, je lui resterai, il faut que je lui reste fidèle; car ici-bas, dans cette vie froide et monotone, où pourrai-je trouver celui dont l'image brille en traits de flamme dans mon cœur?

THÉRÈSE, effrayée.

As-tu donc un autre Sauveur, que notre Dieu mort sur la croix ?

CATHERINE

Cher enfant ! ange de candeur et de pureté , c'est à toi que je veux confesser ma coupable faiblesse : un feu dévorant et inconnu brûle dans mon coeur. Ce n'est pas une passion sensuelle ; ce n'est pas le désir illicite pour moi de partager avec une créature pécheresse une félicité terrestre; quand un serment redoutable ne m'imposerait pas le devoir d'une sainte continence, je ne pourrais aimer pourtant, je ne pourrais donner mon cœur à un cœur assez rétréci pour ne battre que pour moi seule.... Cependant, je ne pourrais souffrir de flammes étran-

gères sur un autel que je ne voudrais voir consacré

qu'à moi ; non, vois-tu , je ne puis aimer!

THÉRÈSE

Je ne te comprends pas.

CATHERINE

Que tu es heureuse !

THÉRÈSE

Ah! sois donc, enfin, en paix avec toi-même.

Hélas! je ne le puis non plus! j'en ai imposé au noble chevalier, j'en ai imposé à moi-même : oh! je le sens profondément, et c est en rougissant, jeune fille , que je dois te le déclarer. Le Sauveur ne remplit pas seul mon cœur : une oppression impétueuse, insatiable, l'agite et le tourmente; une oppression qui! 0 ciel! je frémis devant moimême.

THÉRÈSE

Mais non devant moi, j'espère.

CATHERINE

Oh! non, aimable enfant; pardonne-moi, je veux te dire tout, mais pourras-tu tout comprendre?

THÉRÈSE, avec émotion.

Ah! ne m'as-tu pas instruite de tant de choses?

CATHERINE

Eh bien ! écoute. As-tu vu quelquefois comment un instant avant l'orage le tourbillon , s;igitant dans le vague des airs, amoncelle la poussière, et en forme d'épais nuages; dans son fol orgueil ,

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