‹ Chefs-d'œuvre du théâtre allemandChapitre 50 sur 272 · ACTE tl, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE tl, SCÈNE I

Pauvre bonne mère !

JEAN

Ne la plains pas. Si tu avais jamais une femme, et Dieu te l'accorde bientôt! va devant, elle te suivra; car elles marchent volontiers en zigzag, faisant vingt pas lorsque nous en faisons cinq; aussi arrivons-nous toujours au but avant elles.

LUTHER, avec émotion.

Venus exprès pour me voir !

JEAN

Oui, vraiment. Nous entendions là-bas de si singuliers récits à ton sujet ! comme quoi tu enseignais une nouvelle croyance. Il faut absolument , me suis-je dit, que j'aille moi-même trouver notre Martin , et que je sache ce qu'il en est. Eh bien ! puisque nous voilà réunis , apprends-moi bien clairement ce que cela veut dire.

Un enfant, vraiment, le comprendrait, mon père.

JEAN

Serait-ce par hasard, comme si tu avais découvert quelque nouvelle voie souterraine, ou seulement une mine éboulée que tu aurais déblayée et exploitée ?

Bien, très-bien, mon père ! C'est deviner à merveille ; c'est une mine que les mineurs eux-mêmes

ont fait ébouler, les uns par paresse, les autres par jalousie, aimant mieux végéter et dépérir que de travailler bravement à produire le métal précieux au grand jour; ils l'ont ainsi laissé se perdre et s'écouler !

Ali ! peuple aveugle et impie ! Ce ne sont pas là de braves travailleurs : c'est dommage ; un si précieux métal! Ah! si j'étais électeur, j'en laisserais à chacun le libre trafic, et nous les verrions bien vite se mettre tous à l'ouvrage (3o).

Et que dis-je autre chose? Or, parce que moi le premier, par hasard, je me saisis de la hache, et que je me mis à creuser, en leur criant à tous : « Courage! creusez donc aussi; et pourquoi donc le Seigneur notre Dieu vous a-t-il donné des mains ? la mine est là devant vous, sous vos yeux ; vous n'avez qu'à creuser; » parce que je fis ainsi, les mauvais ouvriers, les compagnons paresseux élèvent des cris épouvantables : ils m'appellent un gàte-mélier ; ils persuadent aux bonnes gens que le vieux génie des montagnes tient seul en son pouvoir ce beau et brillant métal; qu'ils n'ont qu'à se traîner dessus à genoux dans le sable, pour en prendre plus d'un beau morceau lancé par ce malin esprit du fond de sa caverne. Je vous le demande, cela n'est-il pas trop extravagant ?

JFAN.

Mais, enfin, plaisanterie à part, il n'y a pas à badiner avec ce vieux génie des montagnes.

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