ACTE II, SCÈNE I
THEOB ALD, hors de lui-même et sautant de joie.
Jésus ! mon Dieu ! vous ne reconnaissez pas... regardez bien. N'est-ce pas singulier? Vraiment... Ali! je ne me sens pas de joie , en pensant à celle qu'il va avoir. Est-ce que vous ne reconnaissez pas vos propres parens ?
Tu ments.
MARGUERITE, s'avançant.
Oui, c'est ta mère.
JEAN, de même.
Ah! tu t'es bravement conduit.
LUTHER, se levant transporté de joie et les embrassant l'un aprèsl'autre.
Dieu! quel bonheur!.... Mon père! ma bonne mère !
THÉOBALD, à Mélanclithon.
Que je vous embrasse, ve'nérable maître.
( Il l'embrasse. ) MÉLANCHTHON, l'embrassant aussi.
Viens ici : les temps peuvent encore devenir bons.
THÉOBALD
Ne le disais-je pas toujours?
Ah, ma chère mère! je te tiens donc dans mes bras , comme autrefois tu me tenais dans les tiens ! Tu m'as tenu parole , ô mon Dieu ! et tu m'as comblé, moi, ton serviteur indolent, de plus de présens que je n'en méritai jamais.
Théâllt Allemand. 6
JEAN
Indolent! cela ne se peut pas, tu es mon fils.
LUTHER, avec joie.
0 ma mère! Digne ami, aimable enfant,
pleurez tous avec moi Laissez là les psaumes,
moi-même je suis devenu un psaume vivant, et la bonté de Dieu retentit dans mon coeur.
MÉLANCHTHON
Digne et excellent frère !
Laisse donc là maintenant cet air sombre et rêveur, il n'est pas de saison... Eh bien , comment vivez-vous, mon digne père, et toi, ma bonne et chère mère ?
JEAN
Comment vivrait-on? Assez mal, mais en gens de bien. Tous les jours un petit pas de plus. La mort est toujours là qui frappe ; à la fin, elle nous demandera raison avant que nous regardions autour de nous.
Et c'est seulement pour me voir ! Ah ! cela me paraît encore un songe. Quoi! être venus de si loin, mes bons, mes chers parens!.... Pas à pied, j'espère?
JEAN
Et comment donc? Je marchais devant, la bonne vieille suivait tout doucement; et, quand elle était fatiguée, eh bien! je l'aidais à avancer.