ACTE II, SCÈNE I
taine manière; car vous savez que les doux ménagemens ne sont pas précisément mon fait. J'écorche le nez à plus d'un , et ils crient.
MARGUERITE
C'est tout simple.
JEAN
Ne va pas du moins arracher les yeux avec les lunettes.
MÉLANCHTHON
Hélas!
Je vous vois venir avec votre objection; le saint père en fait de même : mais ce qui lui importe à lui, c'est le bénéfice qu'il fait sur les lunettes; et moi, c'est de mon devoir que je m'acquitte. Vous, mon père, vous êtes mineur, n'est-il pas vrai?
JEAN
Sans doute. Eh bien ?
L etes-vous seulement pour regarder fixement la mine ?
JEAN
Y penses-tu ?
C'est pour y travailler, n'est -il pas vrai? pour l'exploiter?
JEAN
Cela va sans dire. La mine est là; et moi, mineur, j'y suis pour m'en occuper, pour en faire quelque chose.
Moi je suis, puisqu'enfin on m'a fait tel, docteur en théologie ; mais cette théologie est malade ; n'estil pas de mon devoir de la guérir ?
JEAN
Oui, ou tu mangerais ton pain avec péché.
Mais si maintenant je m'aperçois que de vaines chimères lui troublent le cerveau, il faut que j'y applique les remèdes convenables?
MARGUERITE
Sans contredit. De la bonne farine de seigle avec de l'eau froide , voilà ce qu'il faut pour les maux de tête.
Et lorsqu'elle s'est surchargée l'estomac avec d'insipides drogues d'école, et que je lui prescris le suc pur et bienfaisant de notre saint Évangile, afin de lui rendre sa force et son énergie primitives; ditesmoi , cela n'est-il pas bien ?
MARGUERITE
Pour de bons estomacs, sans doute.
Mais si à présent le pape vient , comme une vieille femme ( avec votre permission , ma bonne mère ) , lui embarrasser le cerveau par une foule de plantes assoupissantes , lui retirer les sucs bienfaisans, dont je voulais la fortifier et la rétablir, par