‹ Chefs-d'œuvre du théâtre allemandChapitre 61 sur 272 · ACTE II, SCÈNE I. io · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE I. io

Seigneur, à la parole de ve'rite' ; je songeais comme l'esprit du mensonge mêle toujours l'ivraie au bon grain.... Et voilà , je vous le dis, vous pouvez m'en croire; voilà que je le vis tout vivant devant moi , les yeux enflammés , portant de tous côte's des regards furieux. Sa langue était un glaive tranchant, ses cheveux des serpens , ses pieds et ses mains des griffes tachées de sang. Il éclata d'un rire amer en regardant mon livre de psaumes... Souffriras-tu , me disais-je, qu'un tel être t'outrage en insultant le Seigneur ton Dieu , et je lui jetai , puisque je n'avais pas de glaive pour le frapper, je lui jetai l'écritoire à la tête (38).

JEAN

Il brave le diable lui-même !

LUTHER , tout doucement à Théobald.

Essuie donc la porte.

THÉOBALD

Ah ! je m'en garderai bien ! plus d'un esprit de mensonge y trouvera encore, en la regardant, la confusion et la honte.

MÉLANCHTHON

Ami, ne dompteras-tu jamais cette impétueuse ardeur? tu péris sous l'excès de ton propre zèle !

Quelle erreur ! l'ardeur, le zèle , viennent de Dieu : ce qui est divin peut-il donner la mort ?

MÉLANCHTHON , à demi-voix en le tirant à pari

C'est comme lorsque tu brûlas la bulle. Je te le

io6 LUTHER,

dis, en vérité, à la manière dont tu y vas , toi et

nous tous, nous serons anéantis.

LUTHER, plus doucement aussi.

Mon frère, sois juste; le pape n'a-t-il pas brûlé ce que j'ai écrit : je le paie de la même monnaie; je ne veux pas me laisser museler. Et si cela fâche le vieux rusé, je lui tiendrai tête comme mille démons : oui, je le brave et le défie !

JEAN

Finissez les disputes. ( A Luther. ) Viens près de nous; il y a si long-temps que nous ne nous sommes vus : raconte - nous plutôt comment il s'est fait ( car cela me fâche encore ) qu'à Erfurt tu t'es si brusquement fait prêtre &9\ Toi prêtre, avec ton emportement et ta fougue! tu aurais bien mieux fait un brave et courageux homme d'armes.

Dieu merci, je ne suis plus moine.

JEAN

Tu as raison , Dieu merci. Mais dis-moi donc tes vrais motifs; car dans tes lettres tu n'as jamais voulu t'expliquer clairement là-dessus.

MARGUERITE

Oui, Martin; viens, raconte-nous cela.

Vous le voulez? Eh bien! laissons encore reposer le psautier. Pardonnez-le-moi, ô mon Dieu ! Aussibien on ne reçoit pas tous les jours la visite d'un père.

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