ACTE II, SCÈNE I. io
Oui....
THÉOBALD
N'est-ce pas elle qui vous a donné votre flûte ?
Que Dieu la récompense!... J'étais toujours si agité, si sombre et rêveur; tantôt j'aurais voulu m'élancer vers les cieux, et attirer à moi les jolies petites étoiles qui y brillent; tantôt me cacher dans le réduit le plus obscur, devant Dieu, et devant moi-même. Elle me dit une fois : « Martin, sois donc raisonnable, cela ne vaut rien d'être ainsi; tiens, prends cette flûte; (3î) notre chantre t'apprendra à en jouer, je le paierai : essaie, te dis-je, et quand il te semblera avoir un voile sombre devant ton coeur, seulement quelques sons, et il se déchirera, et tu verras les petits anges qui semblaient se cacher derrière. » Voilà comme elle parlait!... Oh! combien de fois, en effet, cette flûte (Dieu me la tienne en honneur ! ) m'a rafraîchi le coeur ! Après la parole divine, il n'y a rien de si délicieux que la musique.
Ne te fit-elle pas aussi apprendre le grec et le latin?
Oui, tout, tout! Ah! comme j'apprenais alors bravement! dans la rhétorique, et l'art de la poésie , j'étais ( A demi-voix. ) Tu te fais sentir de
nouveau, je crois, maudit démon de l'orgueil!
io4 LUTHER,
MARGUERITE
Le recteur ne nous e'crivait-il pas que tu étais le premier de tous ses élèves?
LUTHER, se levant, à voix basse à The'obald.
Jeune homme , écoute , reste avec mes parens , c'est trop long-temps babiller, il faut que je retourne à mes psaumes.
( Il va vers la porte de la chambre et l'ouvre. ) MARGUERITE, courant après lui.
Martin, Martin; y penses-tu aujourd'hui? {Elle le saisit de la main gauche , et de la droite elle lient la porte.) Qu'est-ce que cela? {Elle retire précipitamment sa main et la regarde.) Quoi! pleine d'encre ? la porte toute tachée ?
LUTHER , un peu embarrassé.
Vraiment...
MARGUERITE
Beau ménage, ma foi! il faut voir chez moi, comme tout y est propre.
THÉOHALD, regardant la porte.
Oui, vraiment, la porte est toute couverte d'en-
LUTHER, presque suppliant.
Ma bonne mère! je
JEAN
Eh bien ! dis-nous donc ce que c'est?
LUTHER, se remettant peu à peu.
J'étais assis et j'écrivais; je pensais à la parole du
cre