ACTE I I, SCÈNE II. n
CATHERINE
Pas du tout.
THÉRÈSE
Cependant il est promis pour la fête prochaine : il faut y travailler ; viens.
CATHERINE
Je ne puis travailler.
THÉRÈSE
Eh bien! viens dormir; regarde, le soleil dort déjà.
CATHERINE
Ah ! il peut dormir , car il a dardé ses rayons ; mais, moi, je ne puis dormir.
THÉRÈSE
Dans quel état je te vois depuis avant-hier, depuis l'heure où tu as vu cet homme , dont le nom est Luther, je crois ; dont le regard est si étincelant que j'en fus éblouie ? Depuis ce moment tu es changée, entièrement changée; tu ne me dis plus un mot , tu ne t'occupes plus de nos fleurs. ( D'un ton plus sérieux. ) Tu finiras par ne plus parler à Dieu même. Catherine, dis-moi, as-tu prié aujourd'hui?
CATHERINE
Non.
THÉRÈSE, avec effroi.
Sainte Marie, aie pitié de nous! Ah! comme la bonne mère de Dieu sera courroucée ! comment peux-tu... ?
CATHERINE , avec beaucoup de douceur.
Non , elle ne l'est pas !
THÉRÈSE , avec inquie'tude.
Voudrais-tu me faire accroire?...
CATHERINE
Aujourd'hui même elle me l'a déclaré en songe : non, elle n'est pas courroucée. Chère enfant, je ne veux pas te le cacher; il faut que j'aie le courage de te le dire : ne suis-je pas forcée d'en faire l'aveu au Sauveur lui-même ? J'aime Luther, et j'ai trouvé en lui les traits ravissans que mon imagination avait créés.
THÉRÈSE, effrayée.
Quoi ! c'est lui que tu pries?
CATHERINE
Oui , c'est lui.
THÉRÈSE, presqu'en colère.
Éloigne-toi de moi ; j'aime mieux ces aimables fleurs qui m'entourent ,• elles sont fidèles au culte du Sauveur ; elles exhalent leur doux parfum au soleil, jusqu'au moment où elles s'enveloppent des ombres de la nuit.
CATHERINE
Tu m'en veux, Thérèse; et cependant, je te le répète, la sainte mère de Dieu n'est pas courroucée contre moi.
THÉRÈSE
Ah ! que tu as dû l'offenser ! de quels cruels chagrins tu blesses aussi mon coeur ! (Presquavec hauteur. ) S'il en est ainsi, je te quitte; je n'ai pas be-