ACTE III, SCÈNE I. ,2g
ALBRECHT
Ne le croyez pas; c'est un brave, c'est un digne homme.
ÉRIC
Le bourreau aussi ! Pour ma part je n'en veux pas; je me tiens à la vieille foi, comme à mon glaive, quoique {montrant le cardinal) je n'entende pas me laisser museler par ces chapeaux rouges.
LE CARDINAL, s'approchant des princes et les saluant.
Le saint père, nobles seigneurs, vous fait offrir sa bénédiction.
ALBRECHT, à demi-voix.
Beaucoup trop d'honneur.
LE CARDINAL
11 est persuade' que dans cette diète solennelle les Allemands, toujours fidèles enfans de l'église...
ÉRIC
Oui, mais non enfans au maillot.
LE CARDINAL, sans se laisser déconcerter.
Songent à réunir leurs efforts aux siens, pour détruire la scission funeste qui menace maintenant l'église et la foi , dans la personne du téméraire hérétique, du coupable moine de Saint-Augustin, de Luther en un mot.
ALBRECHT
Vous ne songez pas, j'espère, à renouveler la momerie que vous avez jouée à Costnitz avec le malheureux Huss.
Théâtre Allemand. . Q
i3o LUTHER,
LE CARDINAL
Et si j'y songeais?...
GEORGES, s'avançant fièrement.
Oui , il y songe , . . et avec raison . Il faut que Luther se rétracte ou qu'il soit brûle' : notre belle Saxe, l'Allemagne toute entière sera-t-elle ravagée comme la Bohême le fut par Huss? Foi d'électeur, je ne le souffrirai pas. Il faut que Luther....
ÉRIC
Oui, l'empire peut le condamner; mais que l'église ne se mêle pas ainsi de tout.
LE CARDINAL
L'église ne doit-elle pas, quoique avec douleur, sacrifier le corps de l'hérétique , pour sauver, s'il se peut, son âme?
ÉRIC
N'en faites-vous pas autant au saint empire romain ?
ALBRECHT
Et pour qu'il ne puisse s'agiter , vous cherchez à l'endormir comme un enfant au berceau.
LE CARDINAL
Plaisanterie déplacée.
ÉRIC
Non , c'est vous-mêmes qui plaisantez ; écoutez : je suis un fidèle catholique; je voudrais détruire en un seul instant l'hérésie toute entière ; mais il ne faut pas non plus que le pape pousse jusqu'à l'ex-