ACTE III, SCÈNE I. i
DU BOSSU haut , et lui criant presqu'à l'oreille.
Il m'a paru comme l'ange à la trompette, vous annonçant le jugement dernier.
CHAR LES, avec un mépris affecte'.
Insensé !
DU BOSSU, sérieusement.
Tenez , je porte sur ma poitrine les insignes de la folie ; mais dans l'intérieur il y a quelque chose de mieux. {Montrant la croix que V empereur a sur son manteau. ) Voilà bien autre chose , que vous ne portez aussi que pour la montre. Or, pauvre prince! c'est là dedans qu'est votre folie; je suis tout à la vérité; mais vous, vous êtes un extravagant. {Avec une explosion de sensibilité.) Je voudrais, ne fût-ce qu'en mémoire de cette chasse au sanglier, je voudrais faire pénétrer dans votre cœur ce qui se trouve dans le mien ; vous voudriez jeter dans l'Allemagne, ce coeur de l'Europe , la folie qui trouble le vôtre, la jeter comme une étincelle qui doit tout enflammer; eh! quoi de plus propre à tout enflammer que l'extravagance ? Ah ! sire , gardez-vous-en , c'est dans le coeur de l'Allemagne que brûle la flamme sacrée qui anime d'une vie nouvelle l'Europe, cette noble vierge. L'éclair qui commence à peine à percer les ténèbres de votre coeur, vous atteindra aussi , lorsque cette vierge lèvera sa tête radieuse. En ce moment même, Luther fait planer sur elle un couple ailé, que vos faibles yeux ne peuvent apercevoir : la force et la confiance en Dieu, mon empereur. Que le ciel daigne vous garder !
( Il sort précipitamment. )
i58 LUTHER,
CHARLES seul. Après une pause pendant laquelle il regarde fixement à lerre , il se lève brusquement , et s'écrie :
Dieu ! me voilà tout à toi.
LE MARÉCHAL DE LA DIÈTE, en entrant.
Je viens vous chercher, sire, pour l'assemblée de la diète.
(Charles , après quelques momens de réflexion , se recueille , puis sort précipitamment.)