ACTE III, SCÈNE I. i
côté son beau sein? le siège de sa force vitale , du plaisir et de l'abondance , le beau pays des Alpes ?
CHARLES, toujours avec colère.
Silence !
Promettez-moi donc d'être plus sage que votre aïeul; il était un peu trop fou, celui-là : aussi le beau sein de l'Europe se voila pour lui , enveloppé dans de superbes dentelles, tissues des mains de la nature. Maintenant le cou se voile aussi : c'est ici la plaie ; gardez-vous d'y toucher.
CHARLES
Tu es un méchant fou.
DU BOSSU
Il vous faudra du stomachique, sire, pour ce que vous allez entendre.
CHARLES
Eh bien ! Mais des grelots ne sont pas des glaives. Continue.
DU BOSSU
Or donc, le cou brillant de l'Europe, la noble, la douce France , le point sur lequel se dirige et se répand avec éclat le plus beau rayon de la Divinité , le canal par lequel la vie se distribue au reste du corps, qui produit le Champagne dont les fumées enivrent la tète et troublent l'estomac, ce cou brillant, dis-je, est voilé aussi, et le roi François . à ce qu'il me semble , est un collier rude et hérissé de pointes.
i56 LUTHER,
CHARLES, riant.
Je le détacherai, ce collier, avec la clef de saint Pierre.
DU BOSSU
Elle est rouillée , sire , et vous blessera au sang.
CHARLES , s'approchant.
Du Bossu, je te le dis en confidence , depuis que je règne au coeur de l'Europe ( car l'Allemagne est le coeur de l'Europe, et je suis son empereur), c'est là l'objet de mes plus grands, de mes plus ardens désirs, Alors je ne craindrais plus aucun ennemi...; je ne craindrais plus Dieu lui-même.
LIN GARDE ESPAGNOL entre avec une hallebarde; après avoir présente' les armes il dit tout haut :
Le docteur Luther va entrer.
CHARLES , lui faisanl signe de sortir.
Je le sais.
( Le garde s'en va. ) DU BOSSU, après une courte pause.
Comment avez-vous trouvé ce grand drôle , avec ses moustaches ?
CHARLES , riant.
Comme un cheval à deux pieds : on le fouette, il porte son fardeau. C'est comme l'empire romain.
DU BOSSU
Il m'a paru, à moi, tout autre chose : il m'a paru
CHARLES
Eh bien ! quoi?