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ACTE III, SCÈNE II. i

d'heures, je l'espère, le rideau corporel qui me sépare de Dieu, sera déchire' aussi.

THEOBALD, après avoir cherché en vain des accords sur la flûle.

Maître, je ne puis jouer.

Fi ! tu devrais être honteux ; des larmes ! Ne t'aije donc rien enseigné de mieux?

THEOBALD.

Hélas! oui, mon maître; mais il faut que je pleure; je ne sais si c'est de tristesse ou de joie, mais il faut que je pleure.

Quand ils me brûleront, tu pleureras comme une vieille femme, n'est-il pas vrai?

THEOBALD.

Ah ! je veux mourir avec vous !

C'est-à-dire que tu veux me faire honte. Ne pas élever tes regards vers le Seigneur ton Dieu ! ne pas travailler avec joie à l'accomplissement de ses saintes oeuvres ! Tu ne veux que mourir, et faire que le malin esprit rie sous cape.

THEOBALD.

Eh ! ne voulez-vous pas mourir aussi ?

Mais... je puis dire maintenant que mon ouvrage tire à sa fin, que je me suis donné bien des peines !

Toi, tu n'as rien fait encore, et cependant.. . tu

devrais rougir ! Ah ! j'e'tais fier de toi !.. .

THÉOBALD, pleurant.

Eh bien, je ne pleure plus.

LUTHE R , lui prenant la flûte des mains.

Donne-moi la flûte.

; Il s'assied , et pendant la conversation suivante il ne cesse de pre'luder. ) TIIEOB ALD, regardant Luther en pleurant.

Quel homme ! Il sait faire entendre des airs harnieux, il sait mourir !

JEAN LUTHER, entrant.

Le peuple se rassemble : les uns t'invoquent , les autres te maudissent! Mon fils, mon fils !

( Il se jette en pleurant au cou de Luther qui continue de jouer. ) FRANÇOIS DE WILDENECK, entrant.

0 mon cher maître ! Hélas ! la dernière étincelle d'espérance vient de s'éteindre. Le cardinal légat, par ses ruses infernales, a changé l'esprit de la diète; la plus grande partie demande ta mort, le duc Georges la réclame avec fureur ; le vieux Eric , autrefois si bon, si sincère, dit maintenant que tu es un héritique, et que tu dois mourir. Lui, Georges et le cardinal forment le même dessein : je les ai entendus prononcer sourdement les mots de condamnation et de mort : hélas! tu es perdu; 6 Dieu ! fallait-il aller jusque-là?

( Il emhrasse les genoux de Luther, qui continue de jouer. ) MÉLAKCHTHON, entrant avec tristesse.

Ne l'avais-je pas prophétisé? 0 Dieu! qui main-

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