‹ Chefs-d'œuvre du théâtre allemandChapitre 91 sur 272 · ACTE III, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE II

tenant consommera ton ouvrage? s'il ne s'agissait que de mourir, je le pourrais aussi; mais je ne puis rien achever, je ne puis rien achever seul! (A Luther. ) Cruel, en venir à ce point! que pourrai-je sans toi ? qui continuera ce que tu as commencé ?

( Il reste immobile derrière la chaise de Luther, qui ne cesse déjouer. ) LE CHANCELIER SPALATINUS, avec un calme feint.

Si tu as encore quelque chose à dire , dis-le. Tu as du courage, je le sais, tu es un homme. Ils s'apprêtent à venir te chercher pour te conduire à la diète, et de là à l'échafaud. Mais, s'ils osaient (et je crains qu'ils ne l'osent) t'offrir la coupe empoisonnée, refuse-la; tu as vécu dans les flammes; c'est là que tu dois mourir !

(On commence à entendre le tintement d'une grosse cloche) F R ANÇOIS , se levant en sursaut et avec effroi.

Dieu! j'entends retentir la cloche funèbre!

SPALATINUS.

As-tu encore un désir à m 'exprimer? je le remplirai, moi, ton ami.

( Luther cesse un instant de jouev, regarde Spalatinus, lève les yeux au ciel , puis continue tranquillemeut. )

SPALATINUS.

Ah ! je t'entends !

L'ÉLECTEUR FRÉDÉRIC, avec le manteau et le chapeau d'e'lecleur.

Hélas! Luther, c'en est fait; l'empereur est furieux, hors de lui! «11 se croit un Dieu, ce moine m hardi, » s'est-il écrié en entrant dans la salle où

Théâtre Allemand. I j

étaient les princes, et d'un ton qui m'a fait frémir : « On lui montrera qu'il ne l'est pas, » a-t-il ajouté. Luther, Luther, de grâce , rétracte ce que tu as dit , il peut encore te sauver; rétracte-le en apparence, et pour cette fois seulement; un jour —

LUTHER, qui s'est levé lorsque l'électeur est entré, et autour duquel tous les personnages se groupent.

Je ne veux pas, je ne peux pas mentir !

L'ÉLECTEUR

Luther, je suis ton souverain ; je te l'ordonne!

LUTHER, le regardant fixement.

Vous ne le pouvez !

JEAN

Ah ! tu feras mourir ton vieux père !

L'ÉLECTEUR

Et moi aussi , tu me feras mourir ! Ah ! c'est toi qui as toujours été mon maître ; je n'ai jamais été le tien ! Sauve-moi , en sauvant ta propre vie , en me rendant avec elle la paix et le bonheur. Ah! j'ai pu le mériter de ta part ! pourrais-tu donc ainsi me laisser sans consolation ?

MÉLANCHTHON et FRANÇOIS, ensemble.

Ami , frère , rétracte-toi !

( Catherine et Thérèse, en habits de pèlerines paraissent au milieu d une foule qui pénètre sur le derrière de la scène. )

LUTHER, d'une voix forte.

Je ne saurais mentir. Vous m'affligez; mais il faut mourir !

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