‹ Chefs d'œuvre du théâtre espagnol (volume 2)Chapitre 101 sur 103 · BEN1T · texte numérisé non relu

BEN1T

Je savais bien, sire, qu'un pauvre prisonnier n'avait rien à craindre de vous. {A part.) Je ne me croyais pas autant d'esprit.

roberto, à part Eh bien ! ne voilà-t-il pas que cet animal s'avise de parler raisonnablement?

Frédéric, à part.

Je suis tout surpris de l'entendre. — Est-ce le rang ou il est monté qui a ainsi corrigé le naturel ?

BBN1T0.

Allons, qu'on nous donne des sièges!

lis sont là sous la main de votre altesse.

BENITO

Vous allez me payer, l'ami, lotit l'arriéré. — ( // s'assied. Haut.) Maintenant je suis bien ; et puisqu'il reste quelques sièges, votre majesté peut s'asseoir.

Frédéric, à part.

Le voilà revenu à son caractère.

. lb roi, bas, à l'Infante.

Et à cette heure, infante, que me direz-vous d'un si aimable soupirant ?

l'infante.

Mais, mon père, est-ce que vous ne le trouvez pas fort bien ? — Comme il avait bon air et bonne grâce ! et avec quelle sensibilité il vous a dit de vous asseoir t Non, vraiment, quoiqu'on le vante beaucoup, à mon gré on ne le vante pas encore assez.

LE ROI

Comment! vous trouvez quelque mérite à un pareil homme? — En vérité, plutôt encore que de l'amour, c'est de la folie de ne pas. voir à quel point cet homme est vulgaire et grossier.

l'infante.

Hélas 1 amour ou folie n'est-ce pas la même chose ?

le roi, à Benito.

Ce que je désire le plus en ce moment, c'est de me consulter avec votre, altesse, à l'occasion de l'arrivée de votre frère.

BENITO

Mon frère !... Jamais de ma vie je n'ai eu de frère.

ROBERTO

On vous dit que l'infant votre frère marche sur Naples. Est-ce que cela n'est pas clair?

BENITO

Eh bien I je ne connaissais pas mon frère l'infant. {Tirant V oreille de Roberto.) C'est votre faute, drôle; vous m'avez caché jusqu'à ce jour que j'eusse un frère. Vous me le payerez.

FRÉDÉRIC

Qu'est ceci ?

> le roi, bas, à V Infante.

Et en ce moment, que dites- vous? Sont-ce là les manières d'un prince, d'un gentilhomme?

l'infante.

Il m'a semblé d'une vivacité charmante. Il m'aurait fait rire!

le roi.

Ma foi ! si de telles façons d'agir vous plaisent, vous n'êtes pas difticile.

l'infante.

Il avait une colère adorable.

le roi.

Eh bien 1 ma fille, je ne juge pas du tout cet homme comme vous

ri*

le jugez; et plutôt que de vous donner à lui, j'aimerais mieux voir mon royaume à feu et à son g.

l'infante.

Eh bien! dût mon père et mon roi me blâmer de m 'obstiner dans ma folle passion, je ne serai heureuse que lorsque j'aurai épousé Frédéric, qui m'écoute en ce moment.

Frédéric, à part.

Cette réponse me ranime.

BENITO

Votre majesté en est témoin, ma cousine m'aime à la rage.

l'infante, au roi.

Que peut-on trouver à redire à cet amour? Le prince Frédéric n'est-il pas de noble race? n'est-il pas héritier présomptif du royaume de Sicile?

LE ROI

Sans doute ; mais quel homme !

l'infante.

Tout le monde l'estime pour son courage et son esprit.

BENITO

Oh ! oui, décidément, ma cousine m'aime à la rage.

« LE ROI

Je suis confondu !... Penser que cet homme est prince, et que ma fille lui trouve du mérite!

l'infante.

Oui, mon père ; et je ferais l'éloge du prince Frédéric, s'il ne nous écoutait en ce moment.

Entre LE CAPITAINE.

Sire, un ambassadeur du roi de Sicile attend que vous lui permettiez de se présenter devant vous.

ROBERTO

Allons, tout va se découvrir.

l'infante.

Cet ambassadeur vient à point pour vous dire la vérité.

le roi.

11 sera bien que je descende pour le recevoir. [A Benito.) Votre altesse peut rentrer chez elle.

BENITO

Ma foi ! je n'en suis pas fâché ; je n'ai pas diné, et j'ai faim. Je vais manger un bon pâté de veau froid, une demi-douzaine de perdreaux, deux ou trois lapins, une trentaine de pommes de terre, un fromage et douze poires ; car on ne jeûne pas quand on est Albéric

JOIÎRNÈE 111, SCÈNE III. 333

de Cécile 4 . Je vais m'en donner comme un bienheureux; je m'en

mettrai jusqu'aux dents.

il «on.

FRÉDÉRIC

Je me retire, de crainte que l'ambassadeur ne me fasse reconnaître.

11 sort.

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