SCÈNE IV
Le salon de don Juan.
Entrent BÉATRIX et LÉONOR.
BÉATRII.
Isabelle, faites placer des lumières dans l'autre salle, et vous m'y attendrez; pendant ce temps, pour me délasser du travail, je vais me divertir un moment à la fenêtre.
LEONOR
Ce que vous désirez va être fait. {A part.) Il est triste de servir,
1 Cet paroles d'Inès sont «a proverbe espagnol.
et plus triste encore lorsqu'on n'a pas la confiance. Béatrix et Inès se cachent constamment de moi; l'une Tient de sortir, l'autre l'attend sans doute. Laissons-les libres, et respectons ces petits mystères. Ne faisais-je pas de même chez moi ? n'avais-je pas de même des femmes auxquelles j'accordais ma confiance? et d'autres que j'avais soin de tenir à l'écart? mes souvenirs 1 cessez de me tourmenter ; et puisqu'à présent tu sers, infortunée Léonor, regarde, entends et tais-toi.
BUeiori.
Entre INÈS.
INÈS
Vous ne direz pas que je me sois retardée.
BÉATRIX
Je t'attends dans ce salon pour savoir ce que t'a dit don Diègue. Eh bien?
nràs.
J'ai joué mon rôle on ne peut mieux; il me suit sans se douter que c'est vous qui le faites venir. A vous, madame, maintenant ; il faut que vous feigniez d'être fort en colère, et surtout contre moi.
BÉATRIX
Inès, regarde qui entre dans la maison.
Ah! mon Dieu! c'est un homme!
BEATRIX
Et qui peut oser ainsi?...
Entre DON DIÈGUE.
DON DIÈGUE
Un infortuné, qui, prosterné à vos pieds, vous offre mille fois sa vie» adorable Béatrix.
BÉATRIX
D'où vient ceci, Inès ?
INÈS
J'avais cependant, madame, fermé la porte avec le plus grand soin...
BÉATRIX
Vous mentez; c'est une de vos perfidies; vous ne resterez pas une heure de plus à mon service.
DON DIÈGUE
Ne grondez pas Inès, madame ; c'est moi seul qui suis coupable ,^ tournez contre moi toute votre colère, toute votre fureur; je serai trop heureux si vous daignez vous venger.
BÉATRIX
Vous auriez pu, seigneur don Diègue, vous épargner cette dernière folie. Vous devez être convaincu que désormais tout retour de ma part est impossible. .
DON DIÈGBB.
le ne l'ai jamais espéré ; je savais trop que mon peu de mérite ne pouvait pas élever si haut ses prétentions.
BBATRIX.
Il est vrai, et aujourd'hui moins que jamais.
note DIEGUE.
Pourquoi done, madame?
BBATRIX.
Parée que des outrages ne sont point des titres à l'amour.
DON DIEGUE
Permettez-moi de dissiper vos soupçons.
BBATRIX.
Cela ne vous sera pas facile.
DON DiHfitil.
Peut-être.
BÉATRIX
Don Diégue, l'heure est hasardeuse, la porte ouverte, m*a bonheur douteux. -~ Allez-vous-en, ne me perdei pas.
DON D1EGOE.
Non, non, je ne laisserai pas échapper une occasion si favorable. Veuillez d'abord m'entendre, et puis je pan.
BBATRIX.
Inès , veille à cette porte. — Puisqu'il faut que j'achète è te prix votre départ, je vous écoute.
laàsMrk
Ëh bien 1 belle Béatrix, lorsque je partis de Valence...
JjUrtre JLN$S , tout tffrayée.
INES.
BÉATRIX
BjLkUUX.
Ah! madame 1 Qu'est-ce donc?
C'est mon maître 1 Quel malheur t
INES.
Allons, qu'attendez-vous? Nous avoua le refuge de cette nuit; il peut nous sauver enfiece.
»otf DiàcwB^ ie tâchant.
Fut-il jamais un amour flm contrarié?
bjUtrjx.
#ut-tt jamais mm étoile plus funeste?
INES.
Du courage, madame 1 n'ayez pas peur, né vous tombiez pas...
JOURNÉE n, SCÈNE IV. 43
mon maître ne soupçonne rien, car au lieu de venir de ce côté, ii est entré dans son cabinet.
Ah ! Inès, quelle peine !
Entrent DON CARLOS et DQg JK4M»
DOW ItJAJfc.
Oui, Carlos, ainsi que je vous le disais, j'étais au mtTMnf è* rentrer lorsque j'ai vu un homme me précéder dans la maison. Veuillez m'atteair» iam k aie , «t «râlez sur la porto ci Je» tattaca. Que personne ne sorte ! ...
Btof CAKLOS.
Vous pouvez être tranquille, don Juan... comptez sur moi.
DON JUAN
Béatrix?
Mon frère?
0*6 fr^iez-ïû^is là?
3'étm m *?*c Inès.
Fort Metf.
BÉATR1X,
don, juaw.
BRATRJX.
DON JUAN
DON JUAN
Chti jmî. Se f W Mfly aller «à il ne pl*M3 **
S|RS (toute; mais œnendanU, il est singulier**
nor* JUAN.
BÉATRIX
Vous me parlez d'un ton auquel vous y# m'avez pas habituée. ..
Ptez-vous de là.
BÉATRIX
Quel affreux malheur!
don DiÈfcUE, d part,
H vient par ici... mais cette chambre a une autre isaue. Voyons il je se trouverai pas un refuse plus sûr.
DON JUAN
Cette fols mes doutes vont cesser.
Il entre dans la chambre où était doni>teff*e. BÉATRIX.
Vêtait fl a «crêpée à ht main potir entrer 6nw ee*te efeantoe.
INÈS
Il y aura mort d'homme.
BÈATBJX.
Inès, le sort en ef t jeté.
mis.
Et le sort nous menace.
BRATRIX.
Je me meurs*
mis.
Ce n'est pas la peine... Il vaut mieux fuir... si nous pouvons.
BBATRJX.
Je n'aurais point la force de faire un seul pas.
INÈS
Don Diègue était sorti, sans doute, puisque votre frère ne l'a pas rencontré...
léonor, du dehors.
Ah I que je suis malheureuse !
béatrix.
En passant d'une chambre à l'autre, il s'est trouvé dans celle où se tenait Isabelle; elle, en le voyant, elle aura eu peur... En effet, la voici qui accourt... Retirons-nous dans ce coin.
Biles se retirent à l'extrémité dn «km.
Entre LÉONOR, an flambeau à la main. DON DIÈGUE Usait.
LÉONOR
Homme, ou qui que tu sois, ombre, illusion, fantôme, que me veux -tu?... N'est-ce pas assez que tu m'aies forcée de quitter ma maison, sans venir me poursuivre encore dans celle des autres?...
DON DIÈGUE
Femme, ou plutôt, ombre , illusion , fantôme, n'est-ce pas assez des malheurs que tu m'as déjà causés?... Que te faut-il encore?... Veux-tu donc une seconde fois ma mort?... mais non, cette fois je vais échapper.
Entre DON JUAN.
DON JUAN
Non, nonl quand tu te cacherais au centre de la terre Quoi !
c'est vous, don Diègue?
DON DIÈGUE
Abaissez votre épée, don Juan... Sans doute je n'ai pas eu les égards que je devais à votre maison; mais votre honneur n'est point lésé ; et une explication peut tout arranger entre nous. D'ailleurs , en fait de vengeance, ce qui vaut le mieux c'est de n'avoir pas a se venger...
don juan, à part.
Don Diègue Centellas... Je le surprends avec Léonor... Mes soup-
cons m'abusaient... mon âme ! réjouis-toi... Je craignais une bien autre disgrâce!
BKATBJX.
D'où vient donc qu'en le voyant il est resté immobile?.. .—Écoutons.
DON DIEGUB.
À Madrid, don Juan, je me suis épris de cette dame que voilà... et même chez elle, une nuit, il m'est arrivé la plus fâcheuse aventure. De retour à Valence, ayant appris qu'elle était chez vous...
iioNOR, à part.
Hélas! malheureuse!
DON D1ÈGDB.
J'ai osé. entrer, entrer pour lui parler.
BÉATRIX
L'excuse est bien trouvée, Inès. Pourvu qu'Isabelle ne le démente pas... Fais-lui signe de donner à cela son assentiment.
LÉONOR
Tout ce que vous venez d'entendre , don Juan , n'est que trop vrai... oui, le seigneur don Diègue est l'auteur de tous mes maux. C'est à cause de lui que je me trouve exilée de ma patrie... abhorrée par mon père... délaissée par mon époux... et enfin obligée de servir votre sœur sous un nom emprunté et sous cet humble vêtement.
INÈS
Elle À compris mes signes.
BÉATBJX.
Et elle joue si bien son rôle, qu'en vérité j'y serais moi-même trompée.
léonor, continuant.
Eais qu'il dise lui-même si jamais, soit ici» soit à Madrid...
DON JUAN
taisez-vous, Léonor... taisez-vous.
LÉONOR
*%.. Je lui donnai aucun prétexte...
DON JUAN
Recherchez pas h vous disculper. {A part.) Pauvre femme...
INÈS
Tous lui devez bien de la reconnaissance, madame , de •'accuser ^ainsi p**r vous.
BÉATRIX
Si mon frère la croit, nous n'avons plus rien à désirer. î don juan, à part.
Que? faire ?... Pour moi je suis rassuré, mais don Carlos ?
Entre DON CARLOS. 11 s'arrête derrière la tapisserie.
don carlos, à part.
Ayant entendu du bruit, et comme un cliquetis d'ép4es, je ^ guis hâté d'accourir, et je venais... mais non, ils ont abaissé lfe*. armes. Écoutons d'ici ce qu'ils disent. Il vaut mieux pour son hi^ neur sans doute que cela s'arrange à l'amiable»
DON D1ÀGUE.
Voilà tout mes torts envers tous ; voilà tout mon crime. Décida le parti qui convient le mieux à votre honneur.
DON JUAN
Don Diègue, vos explications sont d'accord avec diverses choses que j'ai apprises de Léonor.
don carlos, à part.
Qu'ai-je entendu?... Il a nommé don Diègue et Léonor.
don juan.
Je n'ai qu'une question à vous faire... Est-ce la première fois qu< vous entrez ici la nuit pour lui parler?
don diègue, à part.
Voilà une question insidieuse ; mais enfin je dois toujours sauver Béatrix. {Haut.) Non, don Juan. La nuit dernière, déjà, j'étais venu, et je suis sorti par ce balcon. En avouant ma faute, je jugeais i inutile de rapporter ces circonstances.
DON JUAN
Cependant elles avaient beaucoup d'importance pour moi.
don caalqs» à part. I
C'était 4oa*«ontre j*ei # hélas i que devaient se vérifier les soupçons de don Juan !
«bâtas, ci part.
A prejeat fu'il est persuadé, à mon tour. {Haut.) Eh quoi! <lon Juan, vous aviez une telle méfiance de votre sœur?... et voilà la suivante que vous m'avez donnée delà main de votre damel [Bas, à Léonor.) Pardonnez, mon amie, et continuez.
léonor, bai, à Béatrix.
Que voulez-vous?... Je ne vous comprends pas.
DON JUAN
Il n'est pas question de cela , Béatrix. Don Diègue , il est vrai, à certains égards me satisfait ; mais il suffit que Léonor ait été placée chez «ai par ia?trsanne fui nous l'a envoyée pour que je 60js tenu aux obligations que mon nom m'impose. Ainsi , bien que ce cavar lier soit venu pour elle et non pour vous, je n'en dois pas moins châtier son aadace.
don carlos, se montrant.
Non, noiU c'est moi seul qui ai droit ^e me jplaindre ; c'est à moi •eal de me venger!
JOURNÉE II, SCÈNE ïf. 47
LEONOR
Que vofcj*? don Carlos!... Il ne me manquait phis que ce malheur !...
DON DIEGUE
Et oui donc êtes-vous, yous qui venez ainsi prendre en main cette queréHoT
DON OÀRfcOS.
Vous devriez me reconnaître... yous en avez assez de motifs... Je 1 suis le cavalier qui vous laissa pour mort à 'Madrid, et qui vient en ce moment achever oe qui! a commencé.
léonor, à pçirt.
* Quelle horrible situation l
DON DIEGUE
Je pense, au contraire, que vous êtes venu pour que je puisse enfin me venger.
DON JUAN
i* Je me mets à vos cotés, don Carlos.
DON D1ÈGUE.
Cejia fait deux contre un ; niais pour cela je n'ai jtas peur. m gines, du dehors.
ib Venez, venez tous! c'est ici qu'on se bat. ri* Bnto» GWÉ8, av«c«ta*iiionle.
voua.
Qu'est ceci?