‹ Chefs d'œuvre du théâtre espagnol (volume 2)Chapitre 13 sur 103 · SCÈNE I · texte numérisé non relu

SCÈNE I

Le mIm de don Jatn.

Sntrent DON GMUK* etWN JUAN.

DONCAB^QS.

Eh bien, a-t-elle repris ses sens ?

DON JUAN

Oui,*mais de telle façon qu'il eût mieux valu, galon moi, qu eV ne $É|Mp*is revenue à elle.

Que Voulez- you* dire?

▲a moment où elle a recourra connaissance , sa douleur a vire, qu'il semble qu'elle ait k la, fois repris ses sens et perdu 1. son... tant ses discours, sa conduite annoncent de trouble et d'ét

DON CARLOS,

Que dit-elle? ' ■-

DON JUAN

lèdàb*Mbtyw.Wtym»JW'" W* $ n méme tem P g dle F oceapée d'autres pensées.

DON CARLOS

malheur 1 malheur sur mon fatal amour!

DON JUAN

Qu'aYez-vous décidé ?

DON CARLOS

Mon Dieu! que tous diraï-je?... le me suis arrêté à un projet que je ne puis confier qu'à un homme qui nit comme vous ce que c'est que l'amour!... Voulez-vous, don Juan, que je vous avoue quelles sont de toutes les vaines pensées et de toutes les folles imaginations qui assiègent mon esprit, celles qui me flattent plus, celles que j'aurais le plus de plaisir à voir se réaliser?

DON JUAN

Parle?, mon ami.

DON CA&LQS.

Ne riez point de moi, puisque j'avoue ma faiblesse...— Eh bienl maintenant si je pouvais obtenir ti\e don Diègue qu'il voulût réparer l'honneur compromis de Léonor, et qu'elle-même pût rentrer en grâce auprès de son père, ce serait pour moi la plus douce des vengeances... J'éprouverais un singulier plaisir à combler les vœux de l'ingrate au moment où elle redoute mon indignation 1 Car, il n'eu faut point douter, d'après ce qui s'est passé» don Diègue aime Léonor, et celle-ci le paye de retour Pour moi, que perdrais-je à

cela? tout et rien. Aussi, au milieu de mes ennuis, voilà la seule chose qui m'ait apporté quelque consolation... Puisque j'ai perdu Léonor, je serais heureux de la contraindre à la reconnaissance.

DON JUAN

Cette résolution est de l'homme le plus généreux... et je vous y reconnais. Elle montre aussi combien est noble eU délicate la passion qui vous anime.

DON CARLOS. '

A cette heure, don Juan, il s'agit de la mettec à exécution. Comment faire ?

DON JUAN

Je ne sais trop. Si l'un de nous deux en parle à don BMftB , par cela seul que ce mariage lui sera proposé par nous, il s'y refusera... Après tout, quelque vive que soit la passion d-'un hemne, ifejte peujt guère accepter une femme des mains e\e son rival... U faut donc faire intervenir une tierce personne*

DON CARLOS

Alors ne pourriez-vous pas déclarer au père de Léonor que vous avez sa fille chez vous, et par son entremise tout s'arrangera?

DON JUAN

Ce parti a un inconvénient.

DON CARLOS

Lequel?

m LE PIRE N'EST PAS TOUJOURS CERTAIN.

Depuis l'affaire de Madrid, il est mal avec don Diègue... Et puis tous, alors, yous n'y êtes plus pour rien.

DON CARLOS

Vous avci raison. Mais à qui donc alors nous adresser ?

DON JUAN

Attende!, j'y suif... et toutes les difficultés disparaissent.

DON CARLOS

Qui donc?

DON JUAN

Ma tour Béatrii. Elle est femme, et par conséquent la proposition Tenant de sa part, don Diègue n'a point à s'effaroucher. Béatrii, en outre, ne peut faire moins pour une personne qu'elle a chei elle , et dont maintenant elle connaît la famille et la naissance.

DON CARLOS

Voilà qui est bien pente.

DON JUAN

Cachei-Toni donc pendant que je vais en causer avec ma sœur. I

BON CARLOS

Moi, meotohor... pourquoi?

DON JUAN

Don Diègue et le père de Léonor ne doivent vous voir qu'apréf que tout aéra conclu.

C'est que, vraiment, je ne puis me cacher...

è± DON JUAN.

11 n'y «fia moyen sans cela.

# DON CARLOS

Eh bien! soit!... Mais à condition que personne au monde ne ta saura que tous seul.

DON JUAN

C'est entendu.

DON CARLOS

jyfltai donc — Ahl Léonor, mon amour, j'espère, aura fait asseï pttjr toi, ingrate!... Pour un premier outrage je t'ai donné la vie! et pour un second outrage je te rends l'honneur !

M se cache.

DON JUAN

Si je réussis, ce sera moi qui y gagnerai le plus : je me trouve quitte de mes obligations envers Léonor, envers son père, envers don Diègue, et en même temps dégagé envers don Carlos... Il faut donc m'employer de mon mieux pour mener à bien une affaire d'où dépendent mon honneur et mon repos.

i ft

Entre BÉATRIX.

BÉATRIX

Don Carlos est-il ici?

Non, Béatrii.

BÉATRIX

C'est cependant pour lui que je suis venue.

DON JUAN

Lorsque Léonor s'est évanouie, je l'ai laissé ici, et à mon retour je ne l'ai plus retrouvé... (A part. ) Béatrix elle-même doit tout ignorer.

BÉATRIX

Sans doute son courage l'aura entraîné sur les pas de don Diègue.

DON JUAN

Ne sachant où le trouver, je ne suis pas sortie sa recherche... Mais vous-même que lui voulez-vous ?

BÉATRIX

Je venais le prier, mon frère, d'avoir au moins quelque pitié de sa dame, sinon comme amant , du moins comme cavalier et galant homme. Elle est dans la plus profonde affliction.

DON JUAN

Que dit-elle?

BÉATRIX

Qu'une seule chose peut la consoler : de voir don Carlo* .

don juan.

Il n'y est pas. Et puisque nous sommes seuls, Béatrix, connaissant toute votre prudence, je veux vous confier une idée qui mlest venue. '*

Voilà qui est très-flatteur pour moi... d'autant que cela est tout$ nouveau. Car hier, Vous aviez si bonne opinion de moi, que ce sont» vos soupçons qui vous ont fait entrer ainsi dans mon appartement. N'est-il pas singulier de réunir à ce point la confiance et la méfiance?

DON JUAN

Vains reproches ! vous savez toute l'estime que j'ai pour vous. — Enfin , Béatrix , vous seule pouvez prévenir les périls qui nous menacent, don Diègue, don Carlos, et moi aussi... car il me faut absolument intervenir dans la querelle.

béatrix.

Que désirez-vous?

DON JUAN

Le voici : veuillez m'écouter. — Connaissant quelle est la famille de Léonor, je dois maintenant, plus que jamais, protéger son honneur et sa réputation. Mais si je tente de traiter moirmèrae cette

affaire avec don Diègue, je ne sais quel sera le résultat de cette démarche; et cependant je ne puis l'entreprendre que bien décidé à réussir. C'est pourquoi, Béatrix, je vous prie de vous charger de ce soin. Vous autres femmes, vous négociez ces choses-là avec des formes plus aimables et plus douces. Puis, cette dame étant dans votre maison , et votre frère ainsi que votre cousin se trouvant courir les mêmes chances, il me semble que vous n'hésiterez pas à lui parler.

BÉATRIX

A qui donc?

DON JUAN

A don Diègue. Vous lui laisserez entendre que vous avez été fort offensée qu'il ait manqué ainsi au respect dû à votre maison ; vous lui montrerez tous les périls auxquels cette dame l'expose ; vous lui conseillerez de les prévenir ; enfin vous lui ferez voir qu'un mariage arrange tout. Du reste, tout cela doit avoir Tair de venir de vous seule, et il ne convient pas que nous autres y soyons mêlés le moins du monde.

BÉATRIX

Voilà, mon frère, qui est parfaitement imaginé. Je vous seconderai de mon mieux.

DON JUAN

Je vais voir si je rencontre don Carlos. — Pour vous, si vous rentrez dans votre appartement, ayez soin de fermer celui-ci.

Il sort.

BÉATRIX

Je n'y manquerai pas. — Quel ennui d'être obligée de traiter une affaire qui m'irrite et excite ma jalousie ! — Comment me conduire dans une circonstance aussi difficile? Eh bien! profitons de l'occasion pour tout savoir; et puisque mon frère le veut, puisque lui-même m'en offre les moyens, tâchons enfin de sortir de ces illusions et de ces mystères qui m'obsèdent ! — Inès ?

Bntve LÉONOR.

LÉONOR

Que désirez-vous?

BÉATRIX

Quoi I c'est vous, Léonor ?

LÉONOR

Vous avez appelé une de vos femmes : il est tout simple que ce soit votre esclave la plus dévouée qui arrive.

Entre DON CARLOS ; il se montre derrière la tapisserie. don Carlos, à part.

J'ai entendu la voix de Léonor, et j'approche pour la voir rétablie de ce triste accident.

JOURNÉE III, SCÉKB I. 55

BÉATRII.

Hier, Leoner, j'igaorais qui vous étiez. Mieux instruite aujonreVlrai, je vous mets à votre place, et vous regarde comme mos aaaie^ (<<t part.) Je devrais dire, ma plus cruelle ennemie.

léonor.

Non, madame, en cessant de potier le titse 4e vôire suivanie, je ne serai point dédommagée du bien que je perds par l'honneur que je gagnerai. Souffrez que je reste à jamais dans la situation où j'ai été placée près de vous. Oui, si celle qui, sans le savoir, « causé tant de trouble fans votre maison , n'est pas indigne de *o* bontés, traitez-moi , je vous prie , comme vous m'avez traitée jusqu'à présent.

BÉATR1X.

Cela n'est plus possible. Songez dont qu'en ce moment, pour m'acquitter de ce que je dois à votre naissance et à ma nÉtoè* Je m'occupe de vous marier.

LÉONOR

Le ciel récompense tant de bonté! Mais, madame, tous ne

réussirez pas dans vos desseins. Carlos ne voudra pas. Il est §4 jaloux!

miATRix.

Il ne s'agit point de don Carlos.

LEONOR

De qui donc?

BÉATRIX

De don Diègue Çentellas.

liONOR.

Aenoncez à cette idée. Plutôt mourir mille fois que d'être à don Diègue !

brâtrix.

Vqus ne l'aimez donc pas?

LÉONOR

Moi, aimer donDiàguei... Un aspic rencontré au milieu des fleuri, — un «era*»np*e j'aurais vu dans la campagne» •-*- «a ligce qui m* serait apparu dans les forêts, me sont moins odieux <pre loi.

béatiux, à part.

Doucement, s'il vous plaît. Je veux btea qu'elle le dédaigne, mais pas à ce point.

DON CARLOS, à pÔTt-

La perfide! elle m'aura sans douta aparfiXk Sans cela elle tiendrait un autre langage.

BÉATR1X.

Je pensais yqus être agréable. Je ne croyais pas que vous pussiez détester w tanna qui, a tf adrtt, * fa&f WUW pour TW» ** VM vous a suivie à Valence.

LBONOR.

Àhl vous ne savez pu à quel point m'offensent les prétentions de don Diègue.

BBATRH.

Je le saurai bientôt ; car il faut enfin que nous sortions de ce labyrinthe confus, lui, vous, moi , mon frère et don Carlos.

Elle sort.

DON CARLOS, à part.

Maintenant la voilà seule. — Grand Dieu! elle pleure!..... Mais qu'importe l je vois ses larmes, et ne vois pas pour qui elle les répand.

lronor, de même*

ciel ! ayex pitié de moi !

DON CARLOS

La cruelle t

LRONOR.

Vous seul écoutez ma plainte.

DON CARLOS

La perfide!

LKONOR.

Je ne suis point coupable, vous le savez!

DON CARLOS

L'ingrate !

LBONOR.

Pourquoi donc Carlos m'accuse-t-il ?

DON CARLOS

Parce qu'il a vu ton inconstance et ta trahison * !

LBONOR.

Hélas!

DON CARLOS

Tout aujourd'hui conspire contré moi ; je n'en puis douter, elle doit savoir que je l'entends. Mais . qu'importe, après tout, puis-

1 Nous avons reproduit d'une manière générale, et en abrégeant, le sens de trots strophes composées d'à-parté, de Léonor et de Carlos, qu'il noua* été impossible de traduire. Voici la première de ces strophes : v

— Aora si, piadosos cielos,

— Ah %elos !

— Que solo podrdn mis labios

— agravios!

— Quexarse al viento mejor.

— O Amor !

— Quien le dire & mi dolor La raton que hd de culparme?

— Yo lo ditera, à dexarme ZeloSf agravio y amor,

Calderon a reproduit assez souvent dans ses comédies ces tours de force de versification. Lope s'y est aussi exercé quelquefois. Enfin on en toit un ekemplé dans-Do* Qt»itoiff, I" partie, chap. 21.

que je ne la crois pas. Il n'en est pas de la voit humaine comme de l'or ou de l'argent : quelle que soit la valeur réelle des paroles qu'elle exprime, elle rend toujours le même son *. Aussi j'écouterais vainement. pendant des siècles, je n'en saurais pas davantage.

LEONOR

Ah ! Carlos, si tu m'entendais !

DON CARLOS

Ah! Léonor, si ( On frappe à la porte.) Mais en frappe à la

porte d'entrée. Je vais refermer la mienne.

LÉONOR

Je ne puis pas même parler à son image sans qu'on vienne me troubler. Allons voir qui c'est. Peut-être aurai-je encore un moment de liberté... {Elle va ouvrir.) Qui est là?

-Entre DON PÈDRE.

DON PEDRB.

Le seigneur don Juan est-il chei lui? {A part.) Mais, 6 cielt que vois-jet

LÉONOR

11 vient de sortir. (À part.) Dieu ! mon pèrel

DON PÈDRB.

mon Ame, quelle rencontre !

don Carlos, à part.

Ne craignez rien, Léonor, vous avez un refuge dans mes bras !

Léonor entre dam le cabinet où est don Cariai. DON PEDRB.

Elle a refermé la porte sur elle. Mais cela ne la sauvera pas. Lorsque je défends mon honneur» je puis affronter le monde entier, et renverser tous les obstacles. Brisons cette porte , en attendant que je puisse châtier la coupable comme elle le mérite.

Entre BÉATR1X.

BBATRIX.

Qu'est-ce donc? que signifient ces cris, ce bruit?

(jj DON PEDRB.

C'est une colère, un désespoir qui demande à s'assouvir. C'est la foudre qui consumera tout ce qui voudrait s'opposer à sa rage.

I i BEATRIX.

' Comment ! chez moi, tant d'audace? Quel motif a pu vous porter j£ à de pareils excès?

1 Que aqueste métal humano j £1 mismo sonido tiene

• Quando es fino, y quando et faltû.

Calderoo veut dire qu'an son d'une pièce de monnaie on reconnaît si elle est de bon ou de mauvais aloi ; mais, qu'on ne peut pas reconnaître également au son de la toïx, si celui qui p«le dit la vérité ou un mensonge.

58 LE PIRE N'EST PAS TOUJOtJfcS CERTAIN,

DOIT PÉDRË.

Ube infime qui est cachée là.

BÉÀTRRt.

Un moment ! est-ce de lëonof que vous parlez t

DON PEDRE.

Et qui donc pourrait m 'émouvoir à ce point?

béatrix , à part.

A merveille ! après don Carlos et don Diègue , il ne nous manquait fins qu'un troisième amant aux cheveux blancs ! Si encore celui-ci pouvait mettre la paix entre les deux autres! [&aut.) Quels que soient vos motifs, que je ne puis pénétrer, quelle que soit l'injure dont Vous Vouliez tirer vengeance, comment ayez-vous osé entrer icif

don pèdre.

Ma situation doit m'excuser. Elle justifierait plus encore. Ainsi , madame, pardonnez si je ne vous témoigne pas plus d'égards,

BEATRIX

Vous vous trompez, seigneur, si vous pensez qu'il ne se trouvera pas dans cette maison un homme qui...

Entre BON JÙAït.

DON JUAN

Qu'est ceci?

BEATRIX

Ce que c'est, mon frère?— C'est ce vieux cavalier, qui, lui aussi, vient chercher Léonor, et s'amuse à briser toutes nos portes.

DON joan.

Doucement, Béatrix. Vous n'avez pas f vous plaindre. Le seigneur don Pèdre n'a point tort i il est le maître de la maison, et tout ici est à son service*

DON PÈDRE

Seigneur don Juan, trêve de vains complimens. Je ne suis ni ne veux être le maître chez vous. Je suis un étranger qui s'est confié à vous , et qui , venant pour vous parler, trouve ma fille dans votre maison, — là, — cachée. Ouvrez, de grâce, ou bien j'ouvrirai moimême en jetant la porte à bas.

béatrix, à part.

C'est son père 1

don juan , à part.

Que faire ? que dire, puisqu'il l'a vue ?

don pkdrb.

Eh bien ! que résolvez-vous ?

DON JUAN

Certes, seigneur don Pèdre... {A part.) le serai trop heureux si Je puis me tirer de là. ( Haut.) Oui, cërtèi, voui me montrez un

JQURNËE III, SCÈNE I. 09

grande reconnaissance de mon empressement à vous servir ! Hier, vous me faites la confidence de vos chagrins ; moi , je me hâte de chercher Léonor, et je l'amène chez ma sœur, auprès de oui vous l'avez trouvée... J'espère que tout s'arrangera a votre satisfaction, et que vous retournerez a Madrid content et honoré.... Mais si ma conduite vous déplaît, je cesserai de me mêler de vfo affaires.

DON PEDRE.

Souffrez, don Juan, que j'embrasse vos genoux, et veuillez me pardonner. La colère que j'ai ressentie à la vtoe de bm fille m'a ôté l'usage de ma raison. 11 est bien difficile à un infortuné de demeurer de sang-froid en présence de ce qui a cause' ses malbear, et la passion m'a entraîné. Mais, prosterné à vos pieds, je mets tout à votre disposition.

DON JUAN

Que faites-vous, seigneur? Levez-vous!

BON PEDRB»

Et vous, madame, pardonnez l'ennui que je vous âf cAuSe*. Je suis noble, et j'ai reçu un outrage.

BÉATRÎX.

Si j'atais su qui tons ëtlèz, ttigrieut; c'eût elè* feh m'y prenant Ùûhè attire sorte fté j'fcuriiis essayé de vous calniér.

DON JUAN

Âvez-vous fait appeler don Dieguef

BEATRIX

Oui, Inès vient d'y aller.

DON J0AN

Veuillez m'accompagner, seigneur don Pèdre; il est une démarche d'une haute importance que nous devons faire ensemble. Vous pouvez être tranquille touchant Léonor, puisqu'elle reste avec

BÉATRIX

Je vous réponds d'elle, seigneur.

DON PBDRE.

Il suffit » madahie , qu'elle soit auprès de vo*ft>~l)ieli ftaitsant, permets que je voie mon honneur rétabli, et ensuite vienne la mort quand elle voudra.

do* jùan, à part.

Je ne sais où diable le conduire. {Bas, à Béatriw.) Pendant mon absence, vous, parlez à ttoh iHêfcue... tâchez de le décider... mon bonheur en dépend.

Dm fut tft «fbMre mtoèt.

BiATBJZ.

Son bonheur U. et mon infortune t.. • «~ Léonor; outrez, je suis seule.

Entre LÉONOR.

LÉONOR

Sous cette garantie, je son.

don carlos, ba$ t à Léonor.

Ne dites pu à Béatrix que je suis ici.

LÉONOR

Il suffit.

BÉATRIX

Vous venez d'échapper à ud grand dan er.

LÉONOR

C'est là que j'ai trouvé mon salut.

Il a été fort heureux que la porte de ce cabinet ait été ouverte.. Jamais mon frère n'y laisse la clef.

LÉONOR

Toute ma vie était dans cet étroit espace. ( A part. ) Il renferme don Carlos t

BÉATRIX

Léonor, puisque votre père est encore venu augmenter par sa pré sence les embarras où nous nous trouvions , comme si nous n'en avions pas assez , je n'en mettrai que plus de soins à l'affaire dont je m'occupais pour vous.

LÉONOR

Alors je vous répéterai avec plus de force encore ce que je vous disais tout à l'heure.

BÉATRIX

Votre conduite ressemble à de l'obstination.

LÉONOR

La vôtre à une injure.

BÉATRIX

Laissons cela. Passons dans ma chambre, et fermons celle-ci.

LÉONOR

Je vous suis à l'instant.

BÉATRIX

Ah! don Diègue, avec quelle crainte j'attends ta visite!

Elle sort.

Carlos , puisque j'ai l'occasion de vous parler un moment , veuillez m'écouter.

Entre DON CARLOS.

DON CARLOS

Léonor, si le hasard même me fournit des occasions de vous rendre service, et si telle est notre destinée à tous deux,— à vous de m'offenser sans cesse, comme à moi de sans cesse vous obliger, que voulez-vous encore?... Laissez-moi jusqu'à ce qu'il se présente quelque

JOURNÉE III, SCÈNE î. 4M

autre occasion où vous puissiez me faire un nouvel outrage, où moi je puisse vous donner de nouveau la vie.

LÉON or.

Je ne tous offenserai pas plus dans l'avenir que dans le passé ; mais si vous voulez me sauver une fois encore, vous le pouvez.

DON CARLt>S.

Et comment î

LBONOR.

Sachez que Béatrix, pour mon malheur, veut me faire épouser don Diègue. Vous qui m'avez toujours protégée avec tant de générosité et de désintéressement , vous pouvez plus aujourd'hui pour moi que jamais, et il vous suffira de parler à Béatrix.

DON CARLOS

Comment! c'est à moi qu'est venue l'idée de ce mariage, et c'est moi qui m'y opposerais !

LÉONOR

¥ous le désirez?

Certainement.

liONOR.

C'est vous qui l'avez projeté?

DON CARLOS

C'est moi-même. Et voilà pourquoi j'ai consenti à me tenir ici caché, afin de ne pas rencontrer ou don Diègue ou votre père.

LBONOR.

Je ne puis vous comprendre.

DON CARLOS

Cela n'est pourtant pas difficile.

LÉONOR

Expliquez-vous, de grâce !

DON CARLOS

Mon amour est si pur , ma tendresse si noble, ma jalousie si dé gagée de toute vue personnelle , qu'en vous perdant , Léonor , je veux du moins sauver votre honneur.

LÉONOR

Ah ! Carlos, je vous comprends !

DON CARLOS

Je ne veux plus revenir sur l'affaire de Madrid; mais, sans parler de ce scandale , ici même don Diègue n'est-il pas venu vous voir dans la maison où moi-même je vous avais placée?... Ne sait-on pas qu'une nuit il est sorti d'ici par le balcon? une autre fois ne l'a-t-on pas surpris dans ce salon, renfermé avec vous? Eh bien! je veux que tout soit réparé par le don de sa main : et ce sera là le dernier sacrifice de l'affection la plus tendre et la plus dévouée... Oui, pour rétablir votre honneur, je veux, malgré mon amour, vous voir dans les bras d'un autre.

LÉONOR

mon bien ! mon âme ! ma vie !

DON CARLOS

Mon mal 1 ma perte l ma mort l

LÉONOR

Si je l'ai vu la nuit du balcon, que la foudre m'anéantisse à l'instant l... et si, lorsqu'il me parla, je savais...

DON CARLOS

Fausseté* que tout cela.

LÉONOR

Si cela n'était pas la vérité, je n'aurais point dit à Réatrii ce que je lui ai dit.

DON CARLOS

Eh 1 mon Dieu I vous saviez que je vous écoutais.

LÉONOR

Gomment aurais- je pu le savoir?

DON CARLOS

Vous m'aviez sans doute vu me cacher... et la preuve c est que quand votre père est entré , vous êtes accourue où j'étais pour vous placer sous ma protection.

LÉONOR

C'a été l'effet du hasard... Mais supposons qu'il en soit comme vous prétendez : pourquoi» lorsque vous-même voule2 me marier à don Diègùe, pourquoi le refuserais-je?

DON CARLOS

Demandez-le , si vous voulez, à toutes les femmes qui trompent deux hommes à la fois !

LÉONOR

Je ne suis pas une de ces femmes.

DON CARLOS

Vous vous ressemblez toutes.

béatrlt, du dehom.

Léonort

LÉONOR

Béatrix m'appelle.

DON CARLOS

Si vous voulez m'obliger, ne dites pas que je suis ici.

- LÉONOR

Soyez tranquille... Enfin vous ne voulez pas me croire?

DON CARLOS

Non... car le proverbe dit que le pire est toujours certain.

LÉONOR

Moi je ferai changer le proverbe, et l'on dira que le pire n'est pas toujours certain. —Ah! Carlos, combien tu me coûtes!

Ils sortent.

Page 1