‹ Chefs d'œuvre du théâtre espagnol (volume 2)Chapitre 23 sur 103 · SCÈNE ffl · texte numérisé non relu

SCÈNE ffl

Un salon dans la maison de Lidoro à Milan. — On entend des BfJÉpm qpi osantes*

daasle loiniaia.

masques, chantante Rions, chantons et dansons; le carnaval est un temps de folies.

Entrent t>0$A SERAFINA et FLORA.

DONA SERAFINA

Ferme cette fenêtre, Flora, et qu'aucune de vous ne se mette Jf la jalousie.

FLORA

Pour î)ieu, madame, permettez-moi seulement de regardé* cette troupe de masques qui passe devant le palais en chantant. les musiciens, du dehors, pendant que Flora danse. Rions, chantons et dansons, etc., etc.

DONA SERAFINA

Ne m'ennuie pas, je te prie, puisque tu vois que cela me déplaît.

FLORA

N'entendez-Yous pas que les musiciens chantent..*

les musiciens, du dehors, en même temps que Flora. ItfCatnatat est un? temps de folies.

DONA SERAFINA

C'est pour cela justement que je veux, moi, être raisonnable.

1 Le panier, comme on sait, se fabrique ame des chiffon et l'encre avec de la noix d« galle.

FLORA

Est-il possible que dans un jour de réjouissance générale , vous ne vouliex ni yous faire voir ni voir les autres !

DON A SERAFINA

S'il n'y avait à cela aucun inconvénient, je ne suis pas encore assez vieille que je ne pusse m'amuser de ces fêtés qui égaient Milan en ce jour ; et surtout à cette heure que les illuminations au milieu de la nuit ajoutent je ne sais quel charme aux danses et à la musique.

FLORA

C'est que vous êtes d'humeur mélancolique, sans quoi yous n'y verriez pas d'inconvénient.

DON A SBRAFINA.

Tu sais bien le contraire; mais tu fais semblant de ne pas le savoir. Je dois donc te le rappeler. Il y a dans ma rue, déguisé,, ùu cavalier qui est arrivé ces jours-ci à Milan, à la suite du prince d'Urbin ; et comme il s'est déclaré avec moi, je ne veux pas qu'il s'imagine que c'est pour lui que je me mets à la fenêtre, car il m'ennuie avec ses prétentions.

FLORA

C'est peut-être un autre cavalier, également déguise , que vous aurez pris pour lui.

DONA SKRAFINA.

Cela n'est guère possible.

FLORA

Un comte étranger rendait des soins à une dame du palais, et quand le soleil disparaissait de l'horizon, il allait se coucher, laissant sur la terrasse un sien esclave qui avait son manteau et ses plumes. Or, un jour qu'il pleuvait et neigeait, la dame, voulant lui accorder une faveur, souleva la jalousie, et lui dit d'une petite voix de fausset : «Allez-vous-en, comte l» A quoi le More répondit : «Ce n'être pas le comte, moi être Hamet 1 .» Et ainsi, madame, il peut bien se faire que l'individu masqué que vous ayez vu, soit Ha* met et non le comte.

DONA SERAFINA

Tu as toujours quelque histoire sous la main.

FLORA

Celle-là est assez vieille.

DONA SERAFINA

Enfin ce cavalier est cause que je me prive pour lui de tous les plaisirs.

1 Nom avons traduit littéralement :

.A que el Moto rupondià : No utar conde, «ter Hamet*

JOURNÉE I, SCÈNE III. 8tt

FLORA

Rien ne le prouve mieux que voe rigueurs, qu'il est sans cesse a déplorer.

DONA SBRAFINA.

Fais attention à ne me parler jamais de sou amour.

FLORA

Eh bien! pour parler d'autre chose, si Vous ne roulez pat tous mettre à la fenêtre, je vous indiquerai le moyen de voir toute 1a fête sans que ni lui ni personne ne vous voie.

DONA SBRAFINA.

Et quel est-il?

FLORA

Le voici. Vous savez fort bien, madame, que dans le carnaval, les dames du plus haut rang se déguisent : «h bien ! il s'agirait de vous déguiser et de sortir par la porte du jardin; Vous y gagneriez en même temps de châtier l'obstiné personnage, qui passerait dans la rue le reste de la nuit. Voyez : un chapeau à larges bords, un manteau, un flambeau, un masque ; vous vous mêlez à la première troupe qui passe, et bien malin qui vous reconnaîtra.

DONA SBRAFINA.

Et si pendant ce temps4à mon père venait à rentrer ?

FLORA

Gela n'est pas à craindre. Mon seigneur, en sa qualité d'intendant de la justice, parcourt aujourd'hui toute la ville; et d'ailleurs, il suffit que vous laissiez pour dit en sortant que vous êtes allée avec une de vos amies, pour que votre père soit sans inquiétude.

Ce projet me sourit ; mais je ne me sens pas le courage de l'eiécuter.

FLORA

Venez, madame; ne serait-ce que pour vous moquer de ce sot, et pour 7 faire enrager toutes les femmes qui verront votre taille si jolie, si élégante.

DONA SBRAFINA. •

Non, Tlora, ne m'attaque point par la vanité; je n'ai pas moins envie que toi de sortir.

FLORA

Alors dépêchons.

DONA SBRAFINA.

Si vous n'eussiez pas eiisté, vous autres demoiselles, suivantes, je crois que plus d'une faute 1 ...

FLORA

Ce n'est pas le moment de moraliser. Voulez-vous ou non sortir?

1 Totu les grands écrivains espagnols qui ont peint les mœurs nationales, Cervantes, Lope de Vega et Calderon, se sont élevés contre Fintervention empressée des duègne» gt des serrantes dans les amours de leurs maîtresses.

86 BONHEUft ET MÀLHEUI SU MOM.

DO&A SEAAFttf A.

Eli Wea I eut; tir eni» il serait trop triait aju» l'a»t4aeRBe»t de cet ennuyeux personnage pût me tenir enfermée tout le jour àa«s li maison. Tu vas venir m'habitter.

Oui, madame, et je veux que voua soyez la plus belle. {Do&a Serafmm aarl.) lait a aul parlé des •uévaatle» ; je veux montrer à quai élite semai» jàpptimm par te fenêtre.) Tstl let! seâspeur CeUel

unE f on, du dêkori.

Qui m'appelle?

FLORA

Quelqu'un qui veut vous rendre service. Ma maîtresse va toût-àl'heure. sortir déguisée par la porte du jardin, et vous pourrez lui parler, au faisant tomme si vous arriviez, et sans avoir l'air de Ta reconnaître... Silence! adieu l

Erre sorY.

Page 1