‹ Chefs d'œuvre du théâtre espagnol (volume 2)Chapitre 36 sur 103 · SCÈNE I · texte numérisé non relu

SCÈNE I

Une chambre dan* la maison de Lidoro.

Entrent LIDORO et DON A SERAFINA.

LIDORO,

Vous êtes bien en colère.

DON A SERAFINA

N'ai-je point de motif pour cela ?

LIDORO.

D'accord ; mais pourquoi prendre les choses aussi vivement?

DONA SERAFINA

Comment! mon père, lorsque sans me consulter, sans me prévenir, vous amenez un hôte dans la maison, et que vous établissez dans mon appartement une femme qui court les aventures, vous ne voulez pas..,

LIDORO.

Attendez, ma fille; je vais vous donner satisfaction sur ces deux points, afin que vous ne pensiez pas avoir le droit de vous plaindre de moi. — Ce cavalier, je vous rai déjà dit, est le fils de mon meilleur ami, à qui je ne dois rien moins que la vie. Je croyais qu'il n'était ici que pour un jour ; et si le prince a exigé qu'il restât à Milan pour y voir les fêtes qui ont lieu à cette époque, ce. n'est pas ma faute. Quant à la dame, avant de lui offrir ma protection, j'ai considéré qu'elle est de noble naissance; et quoique les accidens d'amour puissent ternir quelquefois le sang le plus pur, il serait mal à un gentilhomme de refuser son appui à celles qui l'implorent; d'autant qu'en cette circonstance le cavalier qui vient avec cette dame est fort lié avec don César ; que j'étais chargé d'arrêter le couple fugitif, et qu'en le gardant chez moi, je m'acquitte tout à la fois de mes doubles obligations d'Intendant de la justice et d'ami... Enfin, s'il faut tout vous dire, j'ai d'autres. motifs edcore

pour traiter de mon mieux don César; il est de la meilleure naissance, il possède une fortune considérable, il est fort ayant dans la faveur du duc de Parme» et comme j'étais déjà l'obligé de son père... Cela suffit, vous devez me comprendre... Bref, il pourrait bien se faire, ma fille, que l'hôte de cette maison en devtnt Le seigneur.

Usoru DONA SERAFINA.

Qu'ài-je entendu, ô ciel ! Réjouis-toi, mon amè, car c'est la première fois peut-être que le mal se convertit en bien. Je craignais que mon père ne soupçonnât quelque chose, et c'est lui qui encourage mon amour ! (Appelant.) Flora !

Entre DO&A VIOLANTE.

. DONA VIOLANTS.

Que voulez-vous, madame?

DONA SERAFINA

, J'appelais une de mes suivantes.

DONA VIOLANTS.

Eh bien 1 ne suis-je pas là pour vous servir?

DONA SERAFINA

Que le ciel vous garde , Violante ; mais je ne souffrirai pas que vous vous abaissiez jusque Jà. Vous êtes ici chez vous, et bien que je n'aie pas vu d'abord avec plaisir que mon père vous reçût dans la maison, je m'en réjouis maintenant; et touchée de vos malheurs, je vous regarde désormais comme une amie à laquelle je suis fort redevable.

"DONA VIOLANTE

Que me devez-vous, madame, à moi qui n'apporte ici qu'un mauvais exemple ?

Cet exemple n'est pas pour moi aussi mauvais que vous le dites; et vous ne soupçonnez pas combien vous êtes venue ici à propos.

DONA VIOLANTE

En quoi donc puis-je vous être utile?

DONA. SERAFINA

Vous me l'avez été beaucoup.

DONA VIOLANTE

Eh bien ! madame, puisque vous êtes si reconnaissante de je ne sais quel service que je vous aurais rendu par hasard, pourra i-je à mon tour vous demander une faveur?

DONA SERAFINA

Dans les limites de mon pouvoir, je suis à votre disposition. Que désirez-vous?

DONA VIOLANTE

J'ai commis une faute que je ne chercherai paià justifier auprès

de vous. — Après avoir long-temps témoigné les derniers mépris à un cavalier qui me rendait des soins, je finis, quoiqu'il eût tué en duel un de mes parens , je finis par concevoir pour lui des sentiment plus favorables... Ce cavalier est celui que votre père retient, ainsi que moi, dans sa maison... Mais, hélas 1 les bontés que j'ai eues pour lui m'ont été bien funestes!... Pardonnez-moi de vous raconter aussi longuement ma triste histoire ; c'est que je voudrais obtenir votre bienveillance et toucher votre cœur. — Je lui écrivis de venir me parler une nuit dans notre jardin ; il me répondit qu'il viendrait... J'ignorais et il ignorait comme moi qu'il devait partir la veilje, envoyé par le duc. en ce pays... Mon père vit la lettre...

DON A SERAFINA

Arrêtez... Le duc, dites-vous, l'envoyait en ce pays?

dona violante.

Oui , madame. — T aurait-il là quelque chose qui vous ait déplu?

DO* A SERAFINA

Nullement; j'étais distraite... et je n'avais pas compris. Achevez.

DO*A VIOLANTE

Mon père vit la lettre; et bien que par prudence il ne voulut pas éclater, son ressentiment l'emporta, et il m'enferma dans mon appartement.

DONA SEBAFINÀ.

Et dites-moi, ce cavalier, est-ce celui qui est venu à Milan de la part du duc?

DONA VIOLANTE

Oui, madame. — Je vois, hélas ! que vous ne prêtez paà beaucoup d'attention à mes paroles.

DONA SEBAFINA.

C'est que je suis triste et préoccupée;. ne vous en fâchez pas.

DOÏU VIOLANTE,

J'en resterai là, si cela vous ennuie.

DONA «RAVINA

Non 'pas ; poursuivez, je vous prie.

DONA VIOLANTE

Je crains, madame...

DONA SERAFINA

Que craignez-vous ?

DONA VIOLANTS.

Que vous intéressant peu à mon infortune, vous ne vous inquiétiez pas beaucoup des moyens de la faire finir.

DONA SERAFINA

^ Vous êtes dans l'erreur : toutes ces questions, c'est pour m'éclaire* • Cantiinil, de grice.

DONA VIOLANTE

La nuit malheureuse arriva* et je ne pus l'avenir que mon père, à la tête d'une troupe d'hommes armés, l'attendait* *

DONA SERAF1NA.

Qui? — celui qui devait venir à Milan? *

DONA VIOLANTE

Oui ; ce fut là le malheur.

dona sbrafina, à part.

Elle ne le nommera pas 1

dona violante.

Il se présenta en effet

DONA SBRAFINA.

Qui se présenta?

DONA VIOLANTE

Don César, que l'on. croyait absent.

DONA SBAAFJNAt

Oui.

DONA. SEBAFINA, è part,

Elle n'achèvera pas!».. C'était bien la peine de commencer! {Haut,) Et enfin...

DONA VIOLANTE

Ce qui se passa entre eux» je ne le sais pas au juste; je sais seu- * lement qu'en entendant l'explosion d'une arme à feu et un cliquetis d'épées* j'avais l'âme suspendue entre mon père et mon amant, lorsqu'un vieux domestique , croyant faire pour 1» mieux, enfonça la porte de mon appartement, et alors...

DONA SBRAFINA.

Pardon ; il est un point que je ne comprends pas bien \ si c'était don César, pourquoi venez-vous chercher ici don Félix?

DONA VIOLANTE

Parce que don FéHx est un de ses amis qui, sans doute, aura voulu l'accompagner.

DONA SERA FIN A

Fort bien. Revenei à votre récit.

DONA VIOLANTE

Moi alors, me voyant tout-à-coup dans une position si difficile et si affreuse, ne sachant plus ce que je faisais, et n'écoutant que les inspirations de la crainte qui conseille si mal, je pris un .parti extrême : au lieu d'aller demander asile à quelqu'une de mes amies ou à ma famille, je courus chez son ami, dans la persuasion que nul ne me, secouerait aussi bien dans ma peine, car nul ne devait la» sentir plus vivement ; mais, hélas 1 je. ne le trouvai pas.

DONA SERAF1NA.

Mais, — bien que ce fût son ami, pourquoi vous êtes-vous adressée à lui plutôt qu'a «elui que tous veoei chercher ici ?

»ONA VIOLANTE

Parce que je rencontrai en chemin un de ses valets.

DONA SERAFINA

Après, je vous prie ?

DONA VIOLANTE

Je ne le trouvai pas; on me dit chez lui qu'il venait au moment même de partir pour Milan. Désespérée, effrayée, comprenant tout ce que ma conduite avait de blâmable, et ne me voyant d'autre ressource que de me précipiter entièrement dans ma faute, j'obtins du valet dont je vous ai parlé qu'il me procurât une voiture, et bientét...

DONA SERAFINA

Mais pourquoi donc les ordres que l'on envoie de là-bas pour qu'on vous cherche disent-ils que vous êtes avec don Félix, au lieu de dire avec don César?

DONA VIOLANTE

Qui vous l'a dit?

DONA SERAFINA

C'est moi; et la preuve, c'est que le prisonnier de mon père est don Félix et non pas don César.

DONA VIOLANTE

Je vois, madame, que vous êtes fort préoccupée de vos chagrins. — Aussi pour abréger, et quoi qu'il en soit, je me jette à vos pieds, en espérant votre protection, non pas seulement parce que je suis une femme malheureuse , mais parce que vous êtes celle que vous êtes; et je vous conjure d'intercéder pour moi auprès de votre père, afin qu'il daigne parler au mien , qui sans doute ne tardera pas à venir ici ; veuillez arranger les choses de manière qu'à son arrivée il me trouve déjà mariée avec don César... Maintenant, madame, je me retire pour pleurer en liberté, et pour ne pas vous attrister davantage par le récit des chagrins d'une femme infortunée.

Elle sort.

DONA SERAFINA

Hélas! ses peines ne sont pas plus grandes que les miennes, et je ne sais, avec cette confusion continuelle des noms de César et de Félix, laquelle de nous deux est le plus à plaindre... Mon père me disait tout à l'heure que don César, l'hôte de la maison, pourrait bien en devenir le maître, et j'étais heureuse, je me réjouissais, lorsque soudain ce bonheur s'est évanoui, et ma joie s'est changée en douleur... Mais réfléchissons. — Comment cette femme, puisque don Félix est son amant et qu'on la recherche avec lui, vient-elle prétendre que celui qu'elle aime est don César?... et puisque c'est don César, pourquoi ne le déclare-t-elle pas lorsqu'elle voit qu'on re-

cherche don Félix?... Où est donc la vérité?... Ah! au milieu de cette cruelle incertitude, que ne donnerais-je pas pour n'avoir pas écouté h voix de la reconnaissance qui m'a poussée dans une intrigue périlleuse !... Et ne pouvais-je pas avoir de la reconnaissance envers ce cavalier pour sa noble conduite sans venir lui parler sous un déguisement?... Maudite soit ma reconnaissance qui m'a perdue, lorsqu'à la plupart des femmes on ne reproche que leur ingratitude 1... Que ne donnerais-je pas aussi pour n'avoir pas soulevé mon voile!... j'aurais dissimulé mes sentimens, j'aurais caché sous une glace menteuse le volcan qui embrase mon âme... Mais à présent que je me suis découverte à lui, je ne le fuirai point pour cela, ce serait une lâcheté; et il est bon que les hommes sachent que noua avons aussi, nous autres femmes, notre courage et notre point d'honneur! ( Appelant. ) Flora !

Entre FLORA.

FLORA

Que voulez-vous, madame ?

Tu me ferais plaisir d'aller chez don César et de lui dire, comme venant de toi, que je suis en bas dans le jardin. {A part.) Incertitudes, craintes, périls, chagrins, je vous défie et vous attends. Si vous ne vous présentez pas au combat, je dirai que vous avez peur, et si vous apprenez que la jalousie me dévore, sans doute vous n'oserez paraître, car que ne redouterait une femme jalouse ?

Elleiort.

FLORA-

Qu'est-ce que tout cela signifie?... On m'a tant donné à réfléchir depuis deux jours que j'en ai vieilli. {Elle appelle.) Tristan !

Entre TRISTAN.

TRISTAN

Flora ! belle Flora d'Italie , qui êtes une Floresta espagnole ! , que voulez-vous de moi? Est-ce que votre maîtresse n'est pas à la maison ?

FLORA

No». Adieu.

TRISTAN

Arrêtez ; vous ne vous en irez pas que nous n'ayons fait ensemble un petit arrangement.

FLORA

De quoi s'agit-il?

TRISTAN

11 s'agit de me dire, adorable. Flora, combien vous voulez pour perdre la raison pour* moi une demi-heure seulement , et , l'autre demie, moi je mourrai d'amour pour vous.

1 Tristan jone sur la ressemblance des deux mots Flora et Floresta, qui dérivent tous deux du même mot et qui ont la même signification : Fiore.

TRISTAN

FLORA

FLORA

Le bel arrangement !

Il n'est pas nouveau.

Oui-dal

TRI8TAN

Un jour un pauvre diable 0e mourait.»,.

FLORA

Je devine ; c'est l'histoire de celui qui fit appeler le sacristain, et lui dit : « Combien me prendra votre grâce pour m'en terrer? » À quoi l'autre ; a Vingt réaux , » j'estime, a En voulei-voui seiie? » reprit le premier, a Cela me revient plus cher à moi , » répliqua le sacristain. « Eh bien ! répondit le malade, voyez si cela vous convient et enterrez-moi pour dix-sept ; autrement , je vous en préviens, s'il m'en coûte un maravédis de plus 4 , je ne meurs pas,» — De même vous, vous voulez savoir ce qu'il vous eu coûtera pour mourir pour moi d'amour... Eh bien! puisque c'est là votre conte, vous saurez qu'un jour une guenon et ses amies...

TRISTAN

Pour cela, non, femme, un moment l car m'enlever l'un et m'en donner un autre» c'est trop. — Une duègne élevait une petite naine...

FLORA

J'ai commencé avant vous.

Bien que vous ayez commencé, je continue la mienne.

TOUS DBTJX,

Un jour...

La duègne. ..

La guenon...

TRISTAN

FLORA

Entre DON FÉLIX.

DON F&IX

Quel est ce bruit t

TRISTAN

C'est une histoire de conte.

FLORA

C'est un conte de noix 2 .

1 II y a, dans te testa an quarto. Le quarto est om monnaie de la «oindre valeur.

En parlant d'un homme qui n'a absolument rien, les Espagnols diseatt no tiene quarto comme nous disons on France, il n'a pas le sou.

* Nous avons traduit littéralement, Aca es un cuento de nuëces. Il ne faut pas oublier la double signification do mot cuento, million, et conté.

JOURNÉE m, SCÈNE I. 13»

Le diable soit de ma duègne!

FLORA

Et qu'il emporte ma guenon !

TRISTAN

Je ne puis jamais l'achever !

FLORA

Je n'en viendrai jamais à bout !

bon feux.

Que faites-vous ici, Flora, et qu'y a-tril ?

FLORA

Je voulais vous avertir que ma mattresse se promène teille dans le jardin. Je suis venue en seetet, parée que maintenant elle se méfie de tout le monde , surtout depuis que nous avons à la maisou * cette dame; et, selon.lt circonstance, je vous dirai en chantant d'approcher ou de tous retirer. (A Tri$tan>) Adieu ; penses à moi ; n'oubliez pas que vous me devei un conte pour une autre fois»

TRISTAN

Kt voues que tous m'en devez deux pour dent autres fois.

DON FÉLIX

Et moi, comment pourrai-je jamais reconnaître, Flora, la faveur

que vous me faites ?

Vtom wrt»

TRISTAN

Ne m'apprendrei-vous pas enfio, seigneur, quel était ee revenant voilé qui s'est transformé tout*à-coup en dona Violante?

Nigaud 1 tu ne l'as paa reconnu ?

TRISTAN

Non. %

don réuxt Eh bien ! que t'importe?— Mais silence, écoute*

On entend de la musique dans l'éloignement.

flora, chantant, du dehort.

« L'abeille voltige parmi les fleurs ; viens , amour , viens la saisir!

DON FÉLIX. "'

Elle m'appelle. Attends-moi là.

Entre DON CÉëAR.

DON CÉSAR

Où donc allex-vous sitôt, don Félix, sans me dire ce que vous êtes % devenu?

DON FÉLIX

Je vous dirai donc que noua avoua arrangé votre affaire aveé le prince,, et qu'il est convenu que vousdemtarerei ici prUo»niôf< le nuHfceat, perm e tte ! que je profite d'une eaaasioA

rifonuiar,£gur

DON CÉSAR

DON FEUX

DON CÉSAR

DON PEUX

voir celle que j'aime. Dona Serafina est seule au jardin, et cette yoii me dit d'aller la joindre.

DON CÉSAR

Attendez, n'y allez pas.

DON FÉLIX

Pourquoi me retenir?

J'ai mes raisons.

Laissez-moi.

Vous risquez trop.

/Quel danger?

flora, chantant, du dehort.

« Arrête ton vol , et sache bien que si tu t'amuses à voltiger audessus d'un torrent, tu ne tarderas pas à-te perdre. »

DON FÉLIX

Elle m'avertit maintenant de demeurer. Parlez donc ; mais faites vite, car si l'on m'appelle de nouveau, force me sera de vous laissor...

h DON CÉSAR.

Non pas I (A Triitan.) Toi, sors d'ici.

tristan, à part.

On se cache de moi! eh bien I vive Dieu ! je les écouterai.

Il se cache derrière la tapuserie.

DON CÉSAR

Veuillez à cette heure me prêter toute votre attention.— Vous me croirez tans peine , don Félix , si je vous dis que mon amitié désire votre bonheur.

DON FÉLIX

Je n'en saurais douter.

DON CÉSAR

Et vous, n'êtes-vous pas mon ami?

DON FÉLIX

Assurément.

DON CÉSAR

Eh bien! j'ai un service à vous demander.

DON FÉLIX

Je suis prêt à vous le rendre. En quoi consiste-t-il?

Ht DON CÉSAR.

Que vous n'abusiez pas de l'attachement que je vous porte.— ftps, don Félix, grâce à mon nom, vous êtes honoré, fêté, choyé du seigneur Lidoro ; et je ne puis pas craindre que vous soyez ingrat. Tout ce que notre hôte fait pour vous, c'est à cause de moi, non à cause de vous qu'il le fait; et d'un autre coté, tous les ennuis que

JOURNÉE m , SCÈNE I. 137

je puis m'être attirés personnellement, c'est moi qui les supporte. Or yous conviendrez que ce partage n'est pas juste, et que je dois reprendre mon véritable nom.

FLORA, chantant, du dehors, « L'abeille voltige parmi les fleurs ; viens, amour, viens la saisir. » <

DON FÉLIX

Je vous répondrai plus tard.

Vous pouvei bien me répondre sur-le-champ.

DON FÉLIX

Songez donc qu'en ce moment même...

Flora, chantant y du dehors, « Viens, amour, viens la saisir. » c

DON FÉLIX

L'occasion se passe.

DON CÉSAR

Vous m'obligerez beaucoup.

uns voix, du dehors»

Ne chante plus.

DON FEUX

Vraiment 1 vous êtes cruel 1

DON CÉSAR

Non, non, vous n'irez pas.

DON FEUX

Quoi! vous me faites perdre la plus belle occasion... *

DON CÉSAR

Attendez! on vient de jeter un papier par la fenêtre.

Il nmaiie un pas**.

DON FEUX. f u.

C'est sans doute pour me reprocher mes retards*

A César, dit la suscription.

don félix, prenant la lettre.

Montrez, puisqu'ici je suis don César. Vous m'écouterez, et vous verrez si je suis de bonne foi. Ce n'est pas une écriture de feÉÉM.

DON CÉSAR

De qui cela peut-il être ?

DON FÉLIX. '

Il est signé Lisardo.

don césar. . ■* ■ '-*.

Lisardo 1 qu'est-ce que c'est que cela?

don félix , lisant» - * *

c Quoique j'eusse pu venger sans péril la mort de mon frère Lan* » rencio... » {Parlant.) C'est une mystification!

lit BONHEUR ET MALHEUR DU NOM.

DON CÉSAR

Ce n'est pas à tous que s'adresse ce billet ; et ayant de le lire, qu'il soit bien établi entre nous si vous êtes ou non don César.

DON FÉLIX. '

Ne tous flchex pas pour une mauvaise plaisanterie. C'est moi qui suis ici don César, et c'est à moi que s'adresse ce billet.

DON CÉSAR

Nous avons pu changer de nom l'un avec l'autre pour un stratagème sans conséquence ; mais chacun de nous reste lui-même quand il s'agit de choses sérieuses qui touehent à l'honneur.

DON FÉLIX

Votre honneur ne courra jamais de hasard avec mol votre ami dévoué.

DON CÉSAR

Je n'en doute pas; mais je ne puis être tranquille que je n'aie vu ce billet.

DON FÉLIX

Et moi je ne puis vous le montrer.

DON CÉSAR

Remarquez, je vous prie, qu'il est du plus haut intérêt de savoir où est Lisardo et d'où il m'écrit.

DON feux.

C'est à moi que la lettre s'adresse, et c'est à moi d'y répondre.

DON CÉSAR

Non pas! il s'agit d'une chose qui me concerne moi qui porte réellement le nom de César, et non pas vous à qui j'ai prêté mon nom.

DON FEUX

C'est moi qui suis ici don César, et c'est à moi que l'on entend écrire ; si l'on se trompe sur le nom, on ne se trompe pas sur U personne.

DON CÉSAR

N'est-ce pas moi qui ai tué Laurencio?

DON FEUX

Étiez-vous son ennemi?

, DON FEUX

"**Non.

DON CÉSAR

Donc, bien que cette lettre vous soit envoyée, elle est pour moi

DON FEUX

Êtes-vous ici don Césarf

DON CÉSAR

Non.

DON FÉLIX

N'est-ce pas moi qui le suis?

DON CÉSAR

Oui. „

DON FÉLIX

La lettre est donc pour moi, puisque celui qui veut me parier ne yous connaît pas.

DON CÉSAR

Vous êtes curieux, parce que vous avez pris mon nom* de vouloir que je ne sois plus don César!

DON FÉLIX

Il serait plus curieux encore que j'eusse été don César pour trouver une hospitalité généreuse et pour obtenir la bienveillance d'un ange, et qu'après avoir profité de cette bonne fortune, je ne fusse plus don César quand viennent les ennuis. Non» mon cher, et il ne sera pas dit que je sois ici pour tout le monde don César quand cela va bien, et que je ne le sois plus quand cela va mal. Et puis- . que je ne suis pas homme à céder ni au bien ni au mal, laissez-moi, vive Dieu ! courir toutes les enanees du bonheur et du malheur du nom.

DON CÉSAR

Dites tout ce qu'il vous plaira, nais rendez-moi la lettre, que je la lise.

DON VEUX

Cela ne vous regarde pas.

DON CÉSAR

Ne vous obstinez pas ; il faut que je la vola.

DON FÉLIX

Et comment, si je la garde?

DON CÉSAR

Je ne sais, mais du noins...

DON FÉLIX

Après?

DON CÉSAR

J'empêcherai que ? oui ne la lisiez.

DON FÉLIX. 4

Par quel moyen? • V#

DON CÉSAR

Je ne vous perds pas de vue un instant... Partout où vous irez ■* j'irai avec vous ; je ne vous quitte plus d'un pas , et d'aujourd'hui e vous suis comme votre ombre.

DON FÉLIX

Cependant comment ferez-vous , étant prisonnier ?

DON CÉSAR

Je paaiarai par-dessus toute considération, et je déclarerai hautement qui je suif.

iêê BONHEUR ET MALHEUR DU NOM.

DON FÉLIX

Le parti est périlleux ; vous ne vous tirerez pas d'affaire, et tous deux nous nous en trouverons mal.

DON CÉSAR

Wk bien ! voyons la lettre, et puis nous saurons ce que tous deux nota devons faire.

DON FEUX

Je vous dirai plus tard ce qu'elle contient. Adieu.

DON CÉSAR

Eh bien ! marchons, car je vous suis.

DON FÉLIX

Vous ne pouvex pas sortir.

DON CÉSAR

Que m'importe !

DON FÉLIX

Mais réfléchisse!...

DON CÉ8AR

Réfléchisse! vous-même.

Entre LIDORO.

Page 1