‹ Chefs d'œuvre du théâtre espagnol (volume 2)Chapitre 53 sur 103 · I-ON LOFE · texte numérisé non relu

I-ON LOFE

J.a joi*r. f>U et: chir.

«mioct.

J.h hi'-ri : pourquoi voyJriez-Tous que je laisse le meilleur pour \f pire ? \ ou* qui Mes triste, ce qui n'est pas bon, c'est rons qui fl<*wz (ïihttw et devenir joyeux. 11 est bien plus raisonnable que vom passiez, vous, de la tristesse a la Joie, que noi de la joie i 1»

tristesse.

IlNitb LftXKOR.

Vom Au* triste, seigneur? — Mon cœur a donc à se plaindre ou j'ni n me plaindre de mon cœur, puisqu'il ae partage pas votre

r h ii ({ri n?

DO!f LOPB.

!><•« devoirs que mes ancêtres m'ont transmis avec le sang, et aui-

(\uc\s m'obligent les lois divines et humaines, m'appellent et me troublent riflii* celle douce paix où je laisse reposer aujourd'hui mis l/iuru-rs hfr-frlili lires. I.o fameux don Sébastien, notre roi, — que puisse t il vivre de longs siècles à l'imitation du phénix 1 — se

fépareà porter la guerre en Afrique. Il n'y a pas un cavalier qui lemeùre en Portugal; tous se sont réveillés à l'appel de la gloire. * 'aurais désiré raccompagner $ cette expédition, ; mais me voyant rtë, je n'ai. pas voulu uVoffrir avant d'en avoir oDtènu la per- »aiqq deyotre houche, ma-kéqnxnr, Gesera UU plaisir et un hon- ^nuur que je vous, devrai, . .

Ayant 4 we confier un tel projet, il ^tait nécessaire que vous mç donnassiez par vqg paroles lia force et l'énergie qui me manquent... Vous conseiller de. partir, mon cher seigneur, ce serait prononcer moi-même mon arrêt de mort. Allez gans que ma bouche vpus le tyiMse, car la volonté ne saurait vous rejuser'ce aue le dévouement vous accorde,,» Mais non; a8n que yous voyiez si j'estirrie votre inclination guerrière, je ne veux, plus que ce soit l'amour, mais le g -courage qui m'inspire, Donc, ainsi que voua le devez, servez dès i aujourd'hui çfôu S^ttasltén, — de qui le ciel prolonge les jours! — \ car le sang des nobles est le patrimoine des rois. Je ne veux pas , qu'il soit dit que les femmes sont craintives et qu'elles affaiblissent la vaillance des upmmgs, lorsqu'elles devraient au contraire rèxciter,.. Voilà ce que mon coeur vous conseille, quoiqu'il vous aime tendrement; mai* \\ vous parle çQiçme si vous étiez un autre, et il ne seul que trpp que C K es( A YPUS qu'il parle ainsi.

Bile sort.' DONLOPB.

Àvez-vous jamais vu une pareille valeur?

DON JUAN

En vérité, elle est digne que la renommée la célèbre au loin.

DON LOlfe.

Et vous, que me conseHlez-vous?

DON JUAN.- '

Moi, don Lope, je vous conseillerais autrement.

Parlez.

- DON JUAN »~

Celui qui vit dans les loisirs de la pais, heureux et tranquille, après avoir déposé ses armes glorieuses, à quoi bon nettoierattril la poussière qui les oouvre? .. Il eût été juste que je me fusse offert pour cette expédition, moi, don Lope, si mes malheurs ne me condamnaient à î* retraite) mai* je suis forcé de me tenir à l'écart, parée qu'il na lied pas à un coupable de se présenter aux .yeux de son roi;.. Si telle est mon excuse, la vôtre, — r c'est vos anciens ser?vices... La réputation que vous avei acquise vous suffit., Ne partez pas, mou ami r non, ne partez pas r croyez-m'en, quoiqu'un homme. vous retienne et qu'une femme yous encourage,

DON LOPK.

Pieu lue ujotéflej.,. Puisjé-je me donner moi-même un conseil

prudent, si, dans des circonstances aussi délicates, un "nomme peut se conseiller !... — Que ne puis-je me partager en deux parties pbur trouver» d'un Côté du moins, le repos qui me fuît!... — Mais non : que ne puis-je plutôt séparer mon être physique démon être moral et sensible, afin que d'une part nia bouche pût se plaindre à loisir sans que mon cœur le sût, ou que mon cœur pût^fee rassasiera son gré de sa douleur, sans que ma bouche la révélât 1 .. Ne puis-je, sans assister à ce débat cruel, m'aecuser seul arec moi-même, et seul avec moi-même me défendre!... — Devenu lâche aujourd'hui autant que j'étais jadis intrépide, j'ai honte et je rougis de moi... — Eh quoi! est-ce bien moi qui pense et parle de la sorte?... Ah! faut-il que l'honneur ait cent yeux pour voir et cent oreilles pour entendre ce qui le blesse, et qu'il n'ait qu'une langue pour se plaindre de ce qu'il a vu et entendu?... Que n'est-il aveugle et sourd, au contraire, et plus puissant à s'exprimer, s'il est vrai que souvent un cœur infortuné, fatigué par un si nide assaut, se brise et éclate comme une mine en fureur?... — Plaignons-nous donc maintenant, plaignons-nous. — Mais je ne sais par où' commencer... Moi qui ai toujours vécu irréprochable dans la guerre et dans la paix, je ne m'attendais j>as à être jamais offensé, et j'ignore le "langage dé la plainte. l\ ne prend pas de précautions Celui qui; Croit n'avoir rien à craindre. .. — Ma langue oserait-elle flire ce què^'ai?... Ah! qu'elle se retienne; qu'elle ne prononce pas, qu'elle n'articule pas mon affront, car elle serait bientôt châtiée par ma mort. Étant moi-même l'offenseur et l'offensé, je vengerais moi-même mon injure... — Qu'elle ne dise donc pas. que j'ai de la jalousie. ., — Le mot m'est échappé; je n'ai pu le retenir, et je ne puis le renvoyer au fond de mon sein d'où il est parti, ce mot fatal' qui, comme un poison mortel, me consume et me dévore... Jamais serpent n'a péri dans son propre venin, et «'est ma bouche, à moi, qui a distillé le venin qui me tue.. . — Moi, jaloux, ai-je dit!... Que Dieu me soit en aide! QueF est ce cavalier castillan qui, planté devant ma porte et cloué devant ma fenêtre, se montre à moi incessamment comme une vivante statue?... 11 la suit partout, dans la rue, à' la- promenade» a l'église, toujours tourné vers elle, de même que l'héliotrope vers le soleil, comme s'il voulait aspirer et boire les rayons de mon honneur... Pourquoi, — Dieu me soit en aide !— pourquoi Léonor m'a-t-elle accordé si aisément là permission de m' éloigner ? et d'où vient que non seulement elle m'a accordé cette permission, mais que, d'un visage joyeux, elle m'a tenu des discours tels qu'ils m'obligeraient à partir, alors même que je n'en aurais pas eu le dessein?... — Et pourquoi enfin, — Dieu me soit en aide! — pourquoi don Juan de Silva m'a-t-il dit, lui, de ne pas partir, de rester?... N'eût-il pas été plus convenable, plus conforme à la raison, que mon ami et mon épouse eussent exprimé chacun l'avis contraire? N'eût-il pas mieux valu qu'ils eussent changé de rôle, que don Juan

JOURNÉE II, SCENE II. i8i

m'eût excité et que Léonor m'eût retenu?... Ob ! oui, cela eût été beaucoup mieux, mille fois mieux ! — Voilà les charges ; — voyons la justification...; car si l'honneur veut condamner justement, il ne doit pas se décider sur des motifs aussi frivoles... N'est-il pas possible, après tout, que Léonor m'ait donné ce conseil parce qu'elle est prudente et noble, parce qu'elle a le cœur haut et bien placé, parce que, moi restant ici, ma renommée en souffrirait'?... Oui, cela est possible, puisqu'elle dit qu'elle est affligée du conseil qu'elle me donne... N'est-il pas possible également que don Juan m'ait conseillé de demeurer dans la seule pensée que rien ne me force à partir et que mon départ déplairait à Léonor? Oui, cela encore est possible... Et n'est-il pas possible aussi que ce galant ait arrêté ses vues d'un autre côté?... Et même, en mettant la chose au pis, en supposant que ce soit elle qu'il sert, elle qu'il attend, qu'il regarde, qu'il aime, en quoi donc ces prétentions m'outragenUelles ? Léonor est celle qu'elle est, et moi je suis celui que je suis, et personne n'a le pouvoir de ternir sa réputation ou ma renommée... Mais si fait, hélas!... je m'abuse... Le nuage qui passe devant le soleil ne l'éclipse pas pour cela ; mais il le tache, il le trouble, et à la fin, — à la fin l'obscurcit... — Eh bienl honneur, as-tu d'autres subtilités à m'opposer encore ? as-tu d'autres peines pour me tourmenter, d'autres frayeurs pour m'entourer, d'autres soupçons pour me tuer ? — Non. — Eh bien! tu ne me tueras pas, si là s'arrête ton pouvoir; car je saurai procéder en secret, sagement, prudemment, avec attention et vigilance, jusqu'à ce que je touche à ces circonstances solennelles qui décideront de ma vie ou de ma mort. Mais en attendant qu'elles arrivent, secourez-moi, grand Dieu! secourez-moi!

Il sort.

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