‹ Chefs d'œuvre du théâtre espagnol (volume 2)Chapitre 52 sur 103 · SCÈNE I · texte numérisé non relu

SCÈNE I

Om chambra dans la maison de ik* Lope.

Entrent MANRIQUE et SYRÈNE.

MÀNBiQUB.

Syrène de mes entrailles, qui es , pour mon malheur, une Traie syrène, puisque tu charmes et tu abuses, reviens enfin de cette rigueur avec laquelle tu traites mes hommages; car un modeste valet nV-st pas à l'abri des flèches de l'amour. Accorde-moi de ta main une faveur.

SYRÈNE

Que puis-je te donner?

MANRIQUE

Tu pourrais me donner bien des choses, si tu voulais ; mais je demande seulement de ta bonté, cette faveur de couleur verte qui fait de toi la dame de la Rosette ou l'éçureuse de la Toison: 1 .

SYRÈNE

Tu demandes un ruban ?

MANRIQUE

Oui.

SYRENE..

Mais le temps est passé où un galant se contentait d'un ruban.

UANR1QUE.

11 est vrai; mais si j'obtenais celui que j'implore, tu verrais comme je serais par lui inspiré ; les bons mois, les reparties, les plaisanteries couleraient de mon esprit comme de source, et je. composerais aujourd'hui même mille cent et un sonnets en ton honneur. *

S Y RENE. "Jj?

Pour me voir à ce point ensonnettée je te le donne 2 . — Mais va-t'en, Yoici ma maltresse.

Manrique sort.

4 Por Dama de la Uuada fregona del Tuson.

La plaisanterie de Manrique porte d'abord sur dama, dame, et fregona, écurcuse de vaisselle ; — ensuite sur le triple sens du mot laxada, qui signifie : 1° rosette, 2 * piège, embûche, 3 ' entrelacement formé par les danseurs ; — ensuite sur le mot tuton. qui signifie à la fois la laine des moutons et nu jeune poulain. Mais nous avouons ingénument que uous n'avons pu réussir à comprendre la malice cachée sous ce dernier mot.

' Le traducteur a forgé le mot en$onnettée pour rendre celui de soneteada, fabriqué par Calderon.

LÉONOR enire.

LÉONQR.

J'y suis résolue, Syrène, Il faut enfin que je me déclare; car j* ne m'appartiens plus désormais, j'appartiens à mon époux. Va trouver don Louis, et dis-lui qu'une femme... — Tu n'as pas besoin de prononcer le nom de Léonor; il suffit à un homme noble que ce soit une femme. — Dis-lui qu'une femme, comptant sur la loyauté à laquelle il est doublement obligé en qualité de militaire et d'Espagnol, le supplie de renoncer à son amour ; que l'on s'étonne de sa présence continuelle dans la rue, et que l'on ne souffre pas en Portugal la galanterie castillane... que je le prie de nouveau avec instance et larmes de s'en retourner en Castille r de ne pas me mettre mal avec mon mari ; que sa conduite me peine et m'offense, et que s'il persiste, il pourrait nous en coûter la vie à tous deux.

SYRÈNE

Je le lui dirai ainsi, ii je nuis le voir et lui parler.

léonor.

11 ne sort pas de la rue-. Mais ce n'est pas là qu'il faut lui parler ; tâche de le rencontrer en son logis-.

syrène.

Vous vous exposez beaucoup, madame.

RUesori.

LÉONOR

11 vaut mieux me risquer à cela que d'être compromise davantage. 11 m 'obéira, il m' écoutera sans doute.

Entrent DON LOPE, DON JUAN et MANRIQUE.

Hélas ! honneur, quel sacrifice je te fais 1

DON JUAN

L'armée d'expédition ne tardera pas à se mettre en marche.

Il ne restera pas à Lisbonne un gentilhomme, uaxavalier. Chacun s'empresse de se ranger sous les drapeaux... chacun veut être le pJ^JBer a mériter par sa mort une louange éternelle.

MANRIQUE

Ils ont certes raison ; mais je ne suis pas de leur avis, et je ne tiens pas à mériter par ma mort ni louanges, ni comédies, ni intermèdes 4 .

Tu n'es donc pas décidé, toi, à partir pour l'Afrique?

Mfaarique joue. ici sur le mot loa, qoi signifie éloge, louange, el aussi le prologue d'une pièce de théâtre. Tous les drames sacres de Calderon sont précédés d'uue louange (loa) mi-parlée el mi -chantée, à la fin de laquelle le poète annonce le sujet de Y auto qui va suivre.

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